458 — Couper les cheveux en quatre

558 mots

« Il correspond à la description d’un homme vu en train de fuir la scène. »

Le policier pointait le client assis dans sa chaise, face à son reflet dans l’image miroir. Le vieil homme semblait calme et lisait le journal du matin par-dessus la cape de coiffure, en attendant que sa coupe soit terminée.

« Quelle scène exactement ? demanda la coiffeuse, accoudée à la porte du salon, bloquant l’accès à l’homme en uniforme par son opulente poitrine et ses courbes rondelettes.

— Je ne peux pas donner de plus de détails sur une affaire en cours, madame.

— Mademoiselle, rectifia-t-elle. Et ça a eu lieu quand, cette affaire en cours ? Parce que Marcel a passé l’après-midi au salon. J’ai une fille qu’est malade, alors j’ai pas mal de retard.

— L’après-midi ? répéta le policier. Vous avez une heure précise ?

— Voyons voir, il avait rendez-vous à 13 h 30, mais il arrive toujours plus tôt pour parler un peu et profiter du café offert, donc je dirais qu’il est arrivé vers 13 h 15. Il est resté assis là, ajouta-t-elle en pointant la rangée de sièges de la “salle d’attente”, jusqu’à que je le prenne, c’était il y a une petite demi-heure.

— Mmh… d’accord, concéda le policier. Puis-je aller lui poser quelques questions ? » demanda-t-il en s’approchant de la patronne du salon.

Celle-ci ne bougea pas d’un iota et regarda l’homme en uniforme avec un regard droit et sans hésitation. Il la dépassait d’une bonne tête, mais ça ne l’impressionnait pas.

« Écoutez, monsieur l’officier, mon client a été là toute l’après-midi et tout le monde ici pourra vous le confirmer. Donc, à moins que vous n’ayez un mandat pour fouiller mon salon, et comme il n’y a pas de danger imminent, vous n’avez aucune raison d’entrer. Par contre, si après votre service, vous avez besoin d’une coupe ou d’autre chose, dit-elle en appuyant fort le sous-entendu et en se collant presque au policier, vous pouvez passer quand vous voulez, je ferme tard. »

Le policier refréna une moue gênée, il était autant habitué à des avances aussi directes qu’à rencontrer des gens qui connaissaient leurs droits.

« Je ne vous dérange pas plus, Mademoiselle » finit-il par dire avant de tourner les talons et partir.

La coiffeuse le regarda partir jusqu’au bout du trottoir, avant de retourner à son client.

« Alors ? demanda Marcel. T’as réussi à t’en débarrasser ?

— Il était un peu têtu, mais je sais m’occuper de ce type de casse-pieds.

— T’es la meilleure Lily !

— T’as fait quoi, cette fois, pour les énerver, cette fois ?

— Moins t’en sais, moins tu seras obligée de mentir, s’amusa le vieil homme. »

Lily ne chercha pas plus et reprit ses ciseaux pour terminer son travail. Elle savait que Marcel, malgré ses quatre-vingts ans bien tassés, était un lascar, mieux valait ne pas trop en savoir.

La coupe terminée, Marcel remercia encore Lily pour son aide et l’alibi qu’elle lui avait fourni. Il régla et était sur le seuil de la porte quand la patronne le héla.

« T’as perdu une enveloppe ! lui dit-elle alors qu’elle nettoyait le siège des cheveux coupés.

— Ce n’est pas perdu, c’est un remerciement pour ton aide ! » répondit le vieil homme avec un clin d’œil avant de quitter les lieux.

Lily, suspicieuse, partit dans l’arrière-boutique et ouvrit l’enveloppe. Elle contenait une grosse liasse de billets de 100.

Laisser un commentaire