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Elle s’autorisa un petit sourire de satisfaction.
L’épicentre était en vue.
Gina et ses collègues éthernautes étaient partis en mission il y avait quatre jours, ou cinq, difficile de bien suivre dans cette nuit continuelle au magnétisme qui déréglait toutes les montres. Missionnés par l’Agence Internationale de Lutte Contre les Entités Spectrales (AICES), les cinq éthernautes devaient atteindre l’épicentre d’un phénomène d’une ampleur rare. Une brèche s’était ouverte dans une ville de province. La zone éthérée s’était répandue à une vitesse et avec une puissance jamais vues. Les éthernautes locaux et les dispositifs de préventions n’avaient rien pu faire. La ville avait été contaminée en quelques heures, les habitants considérés comme perdus, la région mise en quarantaine.
La zone faisait à présent près de cent kilomètres de diamètre. Personne ne savait ce qui avait arrêté sa progression, mais les autorités n’avaient pas voulu attendre et avaient missionné l’AICES. Gina Van Der Mulhen, Patrick Esposito, Sékou Musawa, Ikuko Kobayashi et Karl Spitz avaient donc été désignés pour ce groupe d’intervention. Les quatre premiers étaient des scientifiques spécialistes des différents champs de recherche spectrale et éthérique. Karl était un commando d’élite habitué à ce genre de mission complexe. Accompagné de Retex, son berger portugo-tibétain entraîné depuis le plus jeune âge à la détection de charges fantomatiques et de résidus éthériques, il avait déjà escorté une bonne cinquantaine de missions du genre, même si l’ampleur des phénomènes et la concentration d’énergie avaient toujours été moindres.
Le groupe avait la même mission que d’habitude : atteindre l’épicentre du phénomène et lui « couper le jus », comme on disait dans le jargon, c’est-à-dire condamner l’accès et nettoyer la zone, libérer les gens qui pouvaient l’être et, surtout, faire en sorte que cela ne se reproduise pas.
Après, plusieurs jours de marche dans ce nuage d’éther spectral, ils voyaient enfin l’épicentre. Ils avaient eu la chance de ne pas rencontrer de trop gros fantômes. Gina aimait raconter la fois où elle avait dû se battre avec plusieurs fantômes de rat de la taille d’un cheval. Patrick ne se souvenait que trop bien de celui en forme de baleine bleue qui avait flotté au-dessus de sa tête. Même si l’animal avait semblé paisible sans faire attention à lui, il aurait pu faire l’écraser en un clin d’œil. Quant à Jack, il préférait ne pas parler de ce fantôme de monstres haut comme un immeuble de dix étages, aux mains griffues, qui grognait si fort qu’il en faisait vibrer tout l’éther, et qui tentait de sortir de la faille, heureusement encore trop petite pour lui. Les deux scientifiques qui l’accompagnaient, Retex et lui avaient réussi à refermer la faille au prix d’un effort et d’une chance incroyable. Le bras du monstre avait été sectionné et s’était décomposé en éther si pur et intense qu’il avait brûlé l’iris de tout le monde, leur donnant cette teinte blanche si étrange qui faisait peur à ceux qui ne les connaissaient pas. Heureusement, leurs combinaisons avaient permis d’absorber le reste.
Maintenant, le groupe était proche de l’épicentre. Quelques fantômes de la taille de chiens ou de rats se baladaient en flottant mollement, sans attitude agressive envers et les intrus. Il y avait çà et là des tas de cendres, les gens trop près de l’apparition du phénomène. Le reste des rues l’image d’une ville figée.
L’épicentre se trouvait cette fois dans la bibliothèque municipale.
Gina s’autorisa un petit sourire de satisfaction. Si elle était ici aujourd’hui, docteure en activité extradimensionnelle spectrale, subspectrale, éthérique et magnéthérique, c’était parce que, petite fille, elle avait commencé à lire des livres de sciences en tout genre dans la bibliothèque près de chez elle. C’était dans un tel endroit que tout avait commencé.
Elle espérait que ce ne serait pas dans un tel endroit que tout s’arrêterait.