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Éric et Lisa, assis, très près l’un de l’autre sur l’immense canapé, étaient en train de rire comme des amis très proches. Lisa avait posé une main nonchalante sur l’épaule de l’athlète.
Hélèna les rejoignit et s’assit dans un fauteuil sans rien dire. Elle ne voulait pas paraître impolie à interrompre ce moment. Cela ne sembla pas gêner Éric, bien au contraire. Il sembla à Hélèna qu’il fût soulagé de la voir. Il tourna la conversation vers elle immédiatement.
« Le jacuzzi vous a bien réchauffée ?
— Oui, merci. Ça m’a fait un bien fou.
— Tant mieux ! Vous avez rencontré Lisa, elle m’a dit. Je suis désolé de ne pas vous avoir prévenue, mais je ne savais même pas qu’elle était dans le coin.
— Ce n’est pas grave, répondit poliment Hélèna. J’ai juste était surprise de la trouver là au milieu du salon, alors que je n’attendais personne. Nous avons pu faire une connaissance rapide, mais vous pouvez m’en dire plus sur vous deux, si vous voulez.
— Nous nous connaissons depuis la primaire, répondit Lisa. Éric était en CE2 et moi en CP. Il m’a volé mon goûter le jour de la rentrée. »
Hélèna ne sut pas s’il s’agissait de la vérité ou d’une vanne.
« Et plus de vingt ans plus tard, elle me le reproche encore, s’en amusa Éric. Mais entre-temps, nous avons appris à nous connaître mieux et à nous apprécier. Nous avons eu la chance de nous suivre jusqu’au bac, même collège et même lycée, même si j’avais un an d’avance sur elle.
— Un an ? s’étonna Hélèna.
— Oui, j’ai redoublé ma 6e. Je ne travaillais pas suffisamment. Je préférais ce qui se passait en dehors de la classe.
— C’est normal, avec cette vieille bique de madame Chanfrein en prof principale », rit Lisa.
Il y avait clairement un fort lien entre les deux, pensa Hélèna.
« Et donc, vous travaillez dans la région ? lui demanda-t-elle.
— Oui, j’ai une agence immobilière en ville.
— C’est elle qui s’occupe de la gestion du chalet quand je ne m’en sers pas.
— Ah, c’est pour ça que vous avez réussi à entrer tout à l’heure ? Vous avez un jeu de clef ?
— Non, c’était ouvert, je vous l’ai dit. Même si j’ai effectivement un double des clefs. Oh ! Mais avec tout ça, j’avais pas vu l’heure, j’ai un rendez-vous dans pas longtemps. Un couple de Russes qui veulent acheter un pied-à-terre dans nos montagnes. C’est le genre d’affaires qu’il ne faut pas laisser filer ! Surtout que j’ai exactement ce qu’il leur faut ! »
Lisa bondit du canapé, embrassa Éric sur la joue, salua vaguement Hélèna puis s’en alla comme un courant d’air.
Éric soupira longuement une fois que le calme fut retombé dans le chalet.
« Quelle énergie ! dit simplement Hélèna au bout d’un moment.
— Elle a toujours été comme ça. Toujours à fond.
— Elle a l’air de beaucoup vous apprécier, en tout cas.
— Oui. Elle avait des sentiments pour moi quand nous étions ados, mais ce n’était pas réciproque. Après, elle a rencontré Damien et ils sont sortis ensemble.
— Damien ? C’était votre ami grimpeur qui est…
— Oui, celui qui est mort. Ils étaient fiancés quand c’est arrivé. Elle a eu beaucoup de mal à s’en remettre et même à me reparler, mais elle va mieux. Je suis content pour elle. J’ai parfois l’impression qu’elle essaie de se rapprocher de moi, mais je n’ai jamais été doué pour comprendre les messages subtils des femmes. Et puis, dans tous les cas, je n’ai pas de sentiments pour elle, je la considère comme une petite sœur. Et puis, j’aurais l’impression de trahir mon meilleur ami.
— Je comprends, répondit Hélèna, une inexplicable joie qui se frayait un chemin à l’intérieur.
— Mais assez parlé de ça ! annonça Éric en se redressant. Un café et après, je descends m’entraîner un peu. Si vous voulez prendre des photos, vous pouvez évidemment. Ensuite, nous irons en ville. Je vous ferai visiter, nous pourrons même y manger si vous voulez. »
—
Après deux heures d’entraînement à courir sur un tapis et lever de la fonte sur différentes machines pour varier les plaisirs, comme il avait dit, sous l’œil implacable de l’appareil d’Hélèna, ils reprirent la Twingo et roulèrent pendant une vingtaine de minutes, en descente, cette fois, pour rejoindre la ville.
La nuit commençait à tomber, les lumières rendaient l’endroit fabuleux. Ils se promenèrent dans les rues pendant une vingtaine de minutes, puis finirent par entrer dans un bar restaurant. Le thème était comme dans toutes les boutiques du coin, l’esprit montagnard avec beaucoup de bois, un plafond bas, du mobilier rustique.
Sur un des murs, plusieurs photos de sportifs locaux, donc la dernière était celle d’Éric. Hélèna allait faire un commentaire à ce propos quand elle remarqua que la photo juste à côté portait un bandeau noir sur l’angle bas à droit. La photo montrait un homme jeune, du même âge qu’Éric.
« C’est Damien, lui confirma-t-il quand il vit la photographe regarder l’image. C’est le restaurant de ses parents.