473 — La colère

317 mots

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Ça ne sert à rien, mais comment résister ? Quand la personne en qui vous avez le plus confiance, celle par qui vous voyez le monde, celle qui partage votre vie depuis si longtemps, que vous connaissez si bien et qui vous connaît tout autant, quand cette personne vous transperce le cœur avec des mots plus tranchants qu’une lame aiguisée ?

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Mais ça vaut mieux que de rester là, être la cible d’attaques et d’accusations, forcément injustes ou infondées, qui sont de toute manière bien moindres que ce que l’autre peut faire. Ça vaut mieux que la douleur et la tristesse, que la déception et l’amertume, ces émotions trop désagréables pour être domptées. La colère a cette incroyable capacité à nous laisser croire qu’on la maîtrise.

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Mais elle arrive sourde, brutale, puissante, incontrôlable, comme un raz-de-marée qui emporte tout : le calme, la patience, la raison, l’indulgence, l’empathie, l’amour même. Elle transforme chaque mot en projectile assassin, dont l’unique but est de meurtrir l’autre, pour avoir l’impression de moins souffrir soi-même.

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Sinon à blesser l’autre. Puis à souffrir soi-même, après coup, en se rendant compte de la méchanceté gratuite que l’on renferme. Difficile à accepter.

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Ça ne fait pas de nous des gens plus forts ni meilleurs. La colère est un rouleau compresseur qui émiette les sentiments, pour ne laisser, sur ce champ de bataille, que pousser des envies de représailles.

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Rien de plus à dire, rien de plus à faire.

Ça ne sert à rien de se mettre en colère.

Il faut simplement apprendre à pardonner.

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