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Il se réveilla avec un gros mal de crâne et aucun souvenir de la soirée, menotté à un radiateur d’un lieu inconnu, face à un alligator.
Matt se crispa contre le radiateur pour s’éloigner de cette bestiole. Peut-être était-ce un crocodile ? Il n’avait jamais compris la différence, comme pour les pingouins et les manchots. L’animal avec l’œil brillant et cligna des yeux en le voyant bouger. Il claque sa grosse mâchoire pleine de dents, montrant sa volonté de se le faire pour le brunch. Heureusement, lui aussi était enchaîné.
« Il ne vous fera rien, tant que vous resterez calme ! »
Un homme en costume clair, lunettes de soleil et gros cigare en bouche avait cela avec un fort accent étranger, sud-américain peut-être. Il s’approchait en tirant sur son barreau de chaise.
« Où je suis ? Qu’est-ce que je fais là ? demanda Matt.
— Monsieur Chase, vous êtes ici, car vous savez des choses que vous ne devriez pas connaître, des choses qui peuvent m’être préjudiciables.
— Je sais pas qui vous êtes. Je sais pas de quoi vous parlez. Vous n’auriez pas une aspirine ou un whisky pour faire passer mon mal de crâne ? »
L’homme ricana.
« On m’avait dit que vous êtes un dur, monsieur Chase. Je dois avouer que vous êtes à la hauteur de votre réputation.
— Une vodka, sinon, ça fera l’affaire », répondit Matt, comme si l’autre n’avait rien dit.
Il n’avait réellement aucune idée de ce qu’il faisait là ni de qui pouvait être ce type. Il n’était qu’un mécano dans un petit garage. Il ne s’occupait généralement que de ses propres affaires. Il savait que quelques-uns de ses clients traînaient dans des affaires pas très propres, mais rien dans le genre de l’intimidation caricaturale de mafieux qu’il était en train de vivre. S’il n’avait pas sur les mâchoires de ce lézard géant aussi prêt de ses bijoux de famille, il en aurait ri tellement, ils étaient dans le cliché.
La seule chose dont Matt se souvenait de la veille au soir était d’avoir été accosté par une jolie blonde qui lui avait payé un verre. Une aussi jolie fille qui s’intéressait à lui, il aurait dû se méfier. Elle était clairement trop bien pour lui. Ou pas assez, visiblement. Parce que droguer la boisson de quelqu’un ne faisait pas partie de la définition d’un bon date.
« Monsieur Chase
— Appelez-moi Matt. Pas de ça entre nous. Vous m’avez attaché à votre radiateur, ça rend les choses presque intimes entre nous.
— Matt. Je n’aime pas faire de mal aux gens. C’est une perte de temps et d’énergie pour tout le monde.
— Et de membre pour certains ?
— Parfois, s’amusa l’homme en costume. Vous n’avez pas l’air de prendre la situation au sérieux.
— Écoutez, je sais pas à qui vous croyez parler, mais je suis ni flic ni… ben, flic. Je sais pas contre qui d’autre vous pourriez en avoir. Je suis juste mécano. Alors, hormis si je vous ai facturé une réparation que j’aurais pas due, je sais pas vraiment pourquoi vous m’en voulez.
— Matt, Matt, Matt… Sais-tu que la plupart des gens se trompent concernant les alligators.
— Ce ne sont pas des crocodiles ?
— Ils n’ont pas besoin de tant manger que cela. Cinq à sept livres de viande leur suffisent pour une semaine. Un seul animal ne te mangera pas. Pas entièrement, pas de suite. Mais ces amours ont des mâchoires puissantes. Ils peuvent te sectionner une jambe ou un bras d’un seul coup.
— C’est génial, Carlos. Je peux t’appeler Carlos ? De toute façon, tu me diras pas ton vrai nom, alors Carlos, ça te va bien.
— Réponds-moi et je te tuerai rapidement. Je te promets que tu ne souffriras pas. Continue de jouer au malin, et je laisserai Hector le plaisir de te faire parler.
— T’as appelé de lézard de compagnie Hector ?
— Qui t’a donné les informations sur ma prochaine livraison ? Je sais que tu les as. Je veux un nom.
— Je t’ai déjà donné Carlos. Mais je peux t’appeler Manuel, si tu préfères. Ou Miguel. »
L’homme en costume perdit son calme et bondit près de Matt pour le frapper. Sa tête claqua contre le mur puis le radiateur. Cela n’arrangea pas le mal de crâne de Matt.
« Qui t’a donné ces informations ? » cria l’homme, qui commençait à perdre son sang-froid.
Matt murmura quelque chose.
« Quoi ? » demanda l’autre.
Matt répéta à peine plus fort. Le coup qu’il venait de recevoir l’avait visiblement sonné. L’autre s’approcha tout près du visage de Matt pour mieux entendre. Quand son oreille fut tout près, Matt répéta toujours dans un murmure :
« C’est ta… MÈRE ! » termina-t-il en hurlant de toutes ses forces.
L’homme au costume, surpris se releva d’un coup. Matt n’en attendit pas moins, il avait peut-être les mains attachées, mais pas les jambes. Il lui décocha un coup de pied dans le genou, l’autre ploya. Matt en asséna un second pour le déséquilibrer un peu plus. L’homme au costume tomba en arrière à moins d’un pas de la gueule béante de l’alligator. Les deux se regardèrent un instant sans bouger, le lézard se demandant que faire, l’autre espérant qu’il reconnaîtrait qui était son maître.
S’en suivit un rapide combat dont l’issue était plus que prévisible.
À force de vrilles et de tours de poignets, Matt parvint à briser la chaîne des menottes. Il avait à présent deux jolis bracelets, mais au moins, il avait les mains libres pour s’enfuir le plus loin et le plus vite possible.
J’adore ! On dirait une péripétie de John McClane