Auteur/autrice : Camille X Morgan

  • 057 – Simulation

    Phrase donnée par Amelodine

    « Ça ne sert à rien de paniquer, franchement.

    — Arrête Will, si on se fait tracer, je vais avoir les services secrets ou l’armée sur la baraque en moins de dix minutes ! Si on me reprend à pirater des systèmes d’État, je vais prendre perpét’.

    — Putain ! Qu’est-ce que t’es devenu froussard depuis ton procès.

    — Depuis les interrogatoires en fait ! rectifia Greg.

    — Y a pas moyen qu’ils nous choppent. Il leur faudrait des heures pour remonter tous les proxys à partir du moment où il nous aurait repéré. Et déjà ça, c’est pas gagné. Et puis je l’ai déjà fait de chez moi et je suis encore là, non ? Alors assieds-toi et respire. Tu vas voir, c’est juste l’éclate. »

    Greg se posa sur son lit et regarda son meilleur ami continuer à taper ses lignes de code. Il n’aimait pas trop entrer illégalement dans les réseaux nationaux depuis que, trois ans plus tôt, il avait été arrêté pour s’être introduit dans les bases de données de la Banque Centrale. À quatorze ans, les quarante-huit heures de garde-à-vue qu’il avait subies avait été assez traumatisante. Il ne voulait vraiment plus vivre ça. Même si ce que lui avait promis Will avait de quoi faire rêver : une simulation de course voitures ultra-réaliste.

    « Et voilà ! annonça fièrement celui-ci s’enfonçant dans le siège de bureau les mains derrière la nuque. Y a plus qu’à attendre que les machines moulinent pour la reconstruction temps-réel. Tu vas voir, c’est un truc de malade.

    Greg se rapprocha du bureau et regarda l’écran afficher petit à petit le décors : le périph de la ville en deux fois trois voies.

    — C’est dingue comme c’est réaliste, on s’y croirait. La gestion du trafic a l’air vraiment bonne. Le jeune homme était bluffé de tant de réalisme, on aurait dit un film. Will fit bouger la caméra qui survolait les véhicules. C’était extrêmement réaliste.

    — Tu veux quoi comme bagnole ? Une Ferrari ? Lamborghini ?

    — File-moi une Aston Martin, la Vanquish, en général je la gère bien sur Gran Turismo.

    — Tu veux choisir les options et la couleur ?

    — Prends-la full-options noire.

    Will tapota quelques nouvelles lignes de commandes et dans l’écran de la ville, apparut au milieu de la route. Immédiatement, les voitures s’écartèrent de façon chaotique en klaxonnant. Will se leva de la chaise pour laisser la place à son ami.

    — Amuse-toi bien ! »

    Greg attrapa le volant et appuya sur la pédale d’accélérateur. La voiture vue de l’intérieur démarra et suivit les mouvements du conducteur d’une façon très réactive. Le joueur roulait beaucoup plus vite que les autres véhicules et se faufilait entre.

    — Et c’est quoi le but du jeu ? Parce que j’ai l’impression d’être le seul à faire la course là.

    — Évidemment, puisque tu es le seul connecté pour l’instant. Les autres bagnoles, ce sont juste les gens en train de rentrer du boulot.

    — Et tu peux pas passer en mode milieu de la nuit endiablée ? Parce qu’on dirait que je leur fais peur. J’aimerais bien me faire une vraie petite course. Au moins sans les boulets qui me gênent…

    — Je crois que t’as pas bien saisi, Greg. Là, tu joues dans le trafic en temps réel. Les voitures que tu voies, elles sont en vrai sur le périph.

    — Quoi ? C’est dingue. Mais comment ça se fait qu’elles s’écartent quand j’arrive alors que ma voiture n’existe pas.

    — En fait, ta voiture existe pour tous les GPS et radars internes des voitures comme le signal passe par le serveur central de localisation et de gestion du trafic. En vrai, les gens ne savent pas pourquoi leurs voitures ralentissent ou se poussent de leurs trajectoires parce que pour eux, il n’y a rien. Juste les machines et leurs systèmes de conduite sécurisée qui croient que tu es là et réagissent en fonction.

    — Attends, c’est un truc de dingue. Tu as réussi à entrer dans ce système ? Moi qui croyais que tu avais juste piraté les caméras pour que le rendu 3D soit ultra-réaliste…

    — En fait, je passe par plusieurs plateformes. Il y a les caméras de la ville pour modéliser le circuit, enfin, le périph ; il y a le système des données de gestions du trafic pour le positionnement de ton véhicule et l’interaction avec les autres ; les bases de données constructeurs pour avoir les caractéristiques des véhicules que tu peux conduire. Plus deux ou trois autres menus serveurs. J’ai eu du mal à tout coordonner au début mais le plus chaud, ça a été de trouver une machine assez puissante pour gérer tout ça, mais là, c’est bon, c’est stable.

    Will était fier de lui et cela se voyait à son sourire.

    — Si tu te fais choper tu pars en taule pour mille ans sans plus jamais toucher un ordinateur…

    — Impossible. Je passe par des serveurs chinois et des iraniens, boliviens… de partout, quoi. Je crois même qu’il y en a un au Botswana.

    — Et ton calculateur, tu l’as trouvé où ? À la NASA ?

    — Non, c’est le supercalculateur de la météo. Faudra pas s’étonner si les prévisions sont pas top les prochains jours.

    Greg sourit et reprit sa conduite, mettant encore une fois la zizanie dans le trafic routier.

    Au bout d’une dizaine de minutes de jeux, il avait parcouru une bonne partie du circuit. Des sirènes se firent soudain entendre, rapidement suivie par l’arrivée de voitures de police à l’écran. Greg se tourna vers son ami, l’appelant à l’aide du regard.

    — Ils te voient pas, tu n’existes que pour les machines. Tu n’es même pas là, en fait.

    Greg se leva en s’éloignant de la machine. Will se jeta sur le clavier et d’une combinaison de touches coupa la connexion. Il posa la main sur l’épaule de son ami pour le rassurer.

    — T’as rien à craindre, je te dis. Fais-moi confiance.

    — Je veux pas repartir en taule, moi. Laisse tomber, ça me fait trop flipper. »

  • 056 – L’aveu

    Phrase donnée par Masque de mort

    « Écoute, j’ai quelque chose à te dire. Je ne t’ai pas dit toute la vérité !

    En entendant cela, Éléonore, si c’était encore possible, pâlit. Elle venait de passer une après-midi et une soirée merveilleuse avec Aristide. Assis sur ce banc au bord de la rivière, elle espérait bien qu’il entreprendrait de l’embrasser avant de la raccompagner chez elle. À présent, avec cette annonce, elle se sentait fébrile.

    — Sache que depuis le début, tu me plais énormément et je crois bien être tombé amoureux de toi dès le premier jour.

    Éléonore attendait avec difficulté le moment où son prétendant allait dire le « mais » fatidique, celui qui mettrait au jour cette nouvelle qui semblait le miner.

    — Mais je dois t’avouer que je suis un vampire.

    Éléonore regarda un court instant avec de grands yeux élargis par la surprise le jeune homme. Il semblait encore plus fébrile dans l’attente de la réaction de sa belle. Celle-ci ne put réprimer un fou-rire si fort que les pigeons qui picoraient autour d’eux s’envolèrent.

    La jeune femme riait tellement qu’elle commençait à avoir des larmes aux coins des yeux. Elle se tenait l’estomac, incapable de s’arrêter.

    Aristide restait coi devant la réaction de la jeune femme. S’il s’était attendu à un petit rire incrédule ou une réelle frayeur dans son regard, il n’avait absolument pas prévu ceci et commençait à s’en vexer.

    Au bout d’un moment et avec grande force, Éléonore parvint enfin à reprendre une contenance, soufflant et essuyant ses larmes.

    — Tu ne me crois pas ? demanda le jeune homme. Regarde bien !

    Aristide devait montrer à celle qu’il aimait son vrai visage pour la convaincre. Il détourna le visage, eut un petit mouvement comme un tic facial et montra sa nouvelle face. Ses canines avaient grandi, ses yeux avaient changé de couleur et ses traits habituellement si fins s’étaient incroyablement durcis pour le faire ressembler à un monstrueux animal.

    Encore une fois, la jeune femme fit une courte pause, étonnée, puis s’esclaffa de plus belle.

    Aristide commençait vraiment à prendre mal la réaction de la jeune femme et se demandait s’il n’allait pas la mordre pour la calmer, mais se sentiments pour elle l’empêchait de l’attaquer.

    Finalement excédé, il se leva et demanda avec force :

    — Pourquoi te moques-tu ? D’habitude les gens ont peur !

    La jeune femme continua à rire mais fit l’effort de se lever. Inspirant un grand coup, elle posa tendrement sa main sur la joue du vampire. Elle détourna le visage, eut un petit mouvement comme un tic facial et montra à son tour sa nouvelle face.

  • 055 – La chance

    Phrase donnée par Dexash

    « Mais tu vas la fermer ! Oui ? »

    À grands coups de pelle, Tiana essayait de terminer le zombie qui l’avait suivie dans les égouts et avait presque réussi à la mordre. Le monstre couinait légèrement entre chaque coup d’ustensile. La jeune femme ne voulait pas s’arrêter tant qu’il continuerait à émettre un son.

    Depuis ces derniers jours, entre sa fuite, la perte d’êtres chers et le manque de sommeil, Tiana était plus que sur les nerfs. Elle vidait toute la tension accumulée sur ce cadavre ambulant.

    En frappant le crâne presque aussi mou que du bois vermoulu, elle repensait à ses parents qu’elle avait découverts dévorés dans leur canapé, TF1 encore à la télé. Plusieurs fois, elle leur avait dit que rester tout le temps sur cette chaîne les tuerait, elle ne pensait pas vraiment que ce serait de cette façon.

    Voyant ce qu’il venait de se passer, elle était partie voir chez son petit ami, Lloyd. Il devait savoir quoi faire, après tout, il était grand, baraqué et avait même un cerveau. Mais c’est la partie que ces monstres avaient attaqué en premier, avait-il semblé à la jeune fille.

    Elle était finalement repartie vers le lycée. Elle ne savait pas vraiment pourquoi. Elle détestait cet endroit et avait l’impression d’y être comme en prison, mais à cet instant, elle avait l’impression que ce serait le seul endroit où elle serait en sécurité. Sur le chemin, alors qu’elle voyait les maisons se faire attaquer par ces monstres étranges, elle avait envoyé un message à Francesca, sa meilleure amie pour savoir où elle était et puis lui donner rendez-vous à l’entrée du lycée. Tiana avait rapidement reçu une réponse annonçant que Francesca acceptait le rendez-vous.

    Alors que la jeune fille semblait soulagée par cette nouvelle, elle se retrouva face à face avec son premier zombie. Elle s’en voulut de n’avoir rien pris à la maison qui puisse lui servir d’arme. D’un pas qui devait lui rester des cours de danse classique, elle contourna le monstre et partit en courant le plus vite qu’elle put. Heureusement que ces monstres n’avançaient pas vite.

    Arrivée au lycée, Francesca était déjà là mais Tiana fut horrifiée de voir que le jardinier avait déjà pris soin d’elle et continuait de s’en repaître. Ce fut la goutte d’eau en trop. La descente aux enfers de sa folie commença à cet instant. Tiana attrapa dans le petit chariot du jardinier le premier ustensile qui lui tomba sous la main et sauta sur le jardinier, lui décollant la tête comme un golfeur lance sa balle avec son club.

    Au final, Tiana avait passé trois jours à se terrer dans l’école — merci aux frigos de la cantine qui étaient encore bien fournis — mais finalement, le nombre des zombies était devenu tout bonnement dingue. Ils avaient fini par réussir à entrer malgré les barricades que la jeune fille avait montées. Elle avait été obligée de s’enfuir par les égouts. La première chose qu’elle avait pensée fut que les zombies devaient extrêmement puer parce que l’odeur des canalisations ne la choqua même pas.

    Finalement, elle ne savait pas d’où il avait débarqué mais un des monstres avait réussi à retrouver sa trace et elle avait réussi à s’occuper à temps.

    Elle terminait de s’acharner sur le bout de cadavre en décomposition déjà avancée. Il semblait avoir compris le concept de silence. Tiana était en sueur de s’être obstinée d’une telle manière. Elle souffla pour décoller la mèche qui lui tombait sur le visage, haletante.

    Ce fut un bruit étrange derrière elle qui la fit sursauter et se retourner rapidement. Elle n’eut que le temps de voir un des monstres — suivi par des dizaines d’autres —  se jeter sur elle la bouche grande ouverte.

  • 054 – L’inventeur

    Phrase donnée par Amelodine


    Le ventilateur restait là, sans pâles pour fonctionner. Et pourtant, Melreing n’en tirait aucun émoi. Pour lui, le plus important était là. Sa machine était terminée et il allait pouvoir la tester bientôt. Il savait bien que monsieur le comte ne serait pas content de voir qu’il avait démonté sa machine préférée mais il changerait peut-être d’état d’esprit en voyant le résultat.

    Car le résultat était vraiment impressionnant.

    Melreing, le jeune neveu du comte d’Herdeinburg, était un féru de technologie et un ingénieur autodidacte hors-pair. Il avait commencé à démonter des machines dès l’âge de huit ans et les avait rapidement amélioré ou en avait construit de nouvelles à partir de pièces existantes, voire à partir de rien. Il disait qu’il voyait les schémas dans sa tête et qu’il n’avait pas besoin de les coucher sur le papier comme le faisaient la plupart des inventeurs.

    Du haut de ses quinze ans, ce passionné avait déjà réussi à faire fonctionner un modèle réduit portatif de générateur électrique fonctionnant à vapeur, créé une machine qui soufflait de l’air chaud grâce à une résistance électrique, toujours, et qui servait à faire sécher les cheveux, ou encore fabriqué une réplique d’automobile, qui n’avait fonctionné malheureusement que peu de temps.

    À présent, le voilà qui travaillait sur un autre de ses sujets de prédilection : l’aéronautique.

    Melreing s’était réveillé avec la ferme intention de mettre en œuvre cette idée qui tournait dans sa tête depuis quelques jours.

    Il voulait construire un ballon dirigeable. Il avait décidé qu’il réussirait à en faire un à taille « humaine » même si évidemment, les premiers prototypes seraient des modèles réduits.

    Donc depuis ce matin, le jeune homme avait passé le plus clair de son temps dans l’atelier de son oncle, parti en ville pour régler des affaires commerciales.

    Après avoir réussi à fabriquer une belle structure en ogive pour le côté aérodynamique, Melreing l’avait recouverte de soie, prise sur des draps chapardés à la lingerie. Pour l’instant, il n’avait pas accès à des gaz plus légers que l’air comme l’hélium ou l’hydrogène, il préféra donc prendre la résistance de son sèche-cheveux pour faire chauffer l’air dans l’enveloppe. Et pour la partie dirigeable de la machine, il avait repris son mini-générateur électrique à vapeur et l’avait installé sous l’enveloppe, tout en tirant un arbre de transmission sur lequel il avait attaché les pales du ventilateur de son oncle. Le tout devait pouvoir propulser la machine. Il avait terminé en tirant des câbles des deux machines électriques embarquées autant pour pouvoir gérer les puissances émises et rendre la machine vraiment dirigeable, que pour garder un lien avec, au cas où cela fonctionnerait trop bien.

    L’engin terminé de monter, Melreing commença à faire chauffer la résistance. Il fallut quelques minutes pour que la température de l’air soit suffisante pour faire s’élever l’objet. Le jeune homme ne voulait pas pousser la résistance trop fort de peur d’enflammer la soie. Au fur et à mesure que l’enveloppe s’élevait dans l’atelier, le cœur du jeune homme battait plus fort et s’emplissait d’une liesse indescriptible. Quand le dirigeable fut à environ un mètre du sol, Melreing actionna le moteur de l’hélice qui se mit tranquillement en branle. La machine commença tranquillement à avancer, lentement au début puis à la vitesse d’un homme à pied. Heureusement que le jeune homme avait pris la précaution d’ouvrir en grand les portes de l’atelier. Il suivit le dirigeable dans le jardin, comme un maître suit son chien en laisse. Le jeune homme jubilait de voir cette machine flotter dans les airs et avancer à bon rythme dans le parc de son oncle. En passant devant l’entrée, il vit justement la voiture de ce dernier indiquant qu’il était rentré. Melreing avait hâte de lui montrer sa dernière fabrication.

    C’est alors qu’il entendit la voix de son oncle hurler son nom de l’atelier. Il venait sûrement de découvrir l’état de son ventilateur. Le jeune homme espérait vraiment que sa dernière invention pourrait le calmer.

  • 053 – Désobéissance

    Phrase donnée par Ness Cinéma

    Me voilà, je piétine la trappe mais ne peux me résoudre à l’ouvrir. Je suis toujours incapable de résister à la tentation, mais je n’arrive jamais à sauter le pas. J’ai peur de la sanction. Et Dieu sait que ma grand-mère en connaît un rayon sur le sujet. Elle a dû être tortionnaire dans une autre vie. Ce n’est pas vraiment étonnant que je n’arrive pas à me décider à ouvrir cette trappe. Pourtant j’ai envie de voir ce qu’elle renferme.

    Mais je sais que ma grand-mère m’a interdit d’y toucher exprès pour que j’aille voir. Elle sait que je suis curieuse comme tout et que dès qu’elle m’interdit d’aller quelque part, surtout sans préciser pourquoi, je n’attends pas longtemps pour transgresser les ordres. Et en général, c’est là qu’elle m’attrape la main dans le sac et qu’elle me punit bien comme il faut. C’est une spécialiste.

    Évidemment, je suis passé par les classiques, les tirages d’oreilles, les fessées, les passages au coin, mais rapidement elle est passée au niveau supérieur. Me faire mettre à genoux sur une règle en métal, pas la plate, la carrée. Votre poids n’appuie que sur la petite surface d’un centimètre de large et rapidement vous ne sentez plus que la chair à cet endroit qui donne l’impression de brûler et de se déchirer, même longtemps après la fin du supplice. Il y a eu aussi prendre le bain à l’eau glacée, manger dans la niche du chien ou dormir avec les cochons.

    Elle n’est pas vraiment violente, enfin pas directement. Non. Elle préfère la violence psychologique, la douleur de l’humiliation.

    Je ne sais pas pourquoi mes parents me font encore aller chez elle. Ils savent qu’elle n’est pas ce qu’on peut appeler une grand-mère modèle mais on dirait que leurs scrupules face à cette tourmenteuse disparaissent rapidement face au bonheur de m’abandonner le temps des vacances. Peut-être que c’est pour ça que je continue à transgresser les règles de cette vieille femme aux apparences avenantes mais au tempérament acariâtre, pour qu’un jour ça aille trop loin et qu’ils se sentent coupables de ce qu’elle m’a fait subir depuis toute petite.

    Et devant cette trappe, qui renferme je-ne-sais-quoi, je piétine, déchirée entre deux sentiments contradictoires. Je sais que la vieille est partie à la ville, qu’elle en a pour deux bonnes heures et que j’ai le temps de voir ce qui se cache dans ce sous-sol mais j’ai peur qu’elle ne l’apprenne. Plus jeune, je me demandais comment elle faisait pour savoir que j’avais dépassé les limites fixées. Plusieurs fois, je me suis demandé si elle n’était pas une sorcière. Si c’était le cas, elle saurait que j’ai ouvert cette trappe même si elle n’était pas là.

    Je regarde la plaque de métal et sa poignée rouillée. Si jamais, cette fois, ma grand-mère apprend ce que je m’apprête à faire, il n’y a plus de doutes sur sa nature et il ne me restera plus qu’à rester absolument sage jusqu’à ce que j’arrive à contacter un prêtre pour qu’il la fasse brûler. Mais à notre époque, plus personne ne croit aux sorcières à part moi.

    Je secoue la tête pour chasser toutes ses idées complètement folles.

    Fixant la trappe, je prends une très profonde inspiration et agrippe la poignée. Tout en tirant de toutes mes forces, je me jure que c’est la dernière fois que je lui désobéis. Encore.

  • 052 – L’échec

    Phrase donnée par Charly aka Lapin

    « Avé César, je sais que vous espériez fort que notre mission réussisse, mais je dois vous avouer que votre navire à échoué. Laissez-moi vous expliquer. »

    Le stress du général qui annonçait à César la mauvaise nouvelle était palpable. Sa voix était mal assurée, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, il avait le regard fuyant et préférait fixer les pieds de l’empereur plutôt que son regard. Il craignait pour sa vie, connaissant les réactions brusques de l’ancien général. César ne lui laissa pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Il entra dans une fureur violente, envoyant voler son gobelet de vin à travers l’immense salle du trône. Le récipient rebondit plusieurs fois, le son métallique déchirant littéralement le silence.

    L’empereur se leva d’un bond et commença à marcher en tout sens, d’un pas rapide.

    « Je ne vous ai pas demandé une chose très compliquée, il me semble. Cette mission n’était pas plus difficile que de diriger une légion contre des barbares, si ? Non ! reprit-il sans laisser le temps au général de répondre. Alors comment voulez-vous que je comprenne que vous avez été incapable de retrouver cette femme ? Vous aviez le meilleur navire de Rome, le plus rapide et le mieux armé, des hommes entraînés, suffisamment de moyen pour faire tomber Carthage ! Expliquez-moi ce qui fait qu’une simple femme, seule, a réussi à s’enfuir, à vous filer entre les doigts !

    — C’est que…

    « Elle pourrait s’être enfuie grâce à une tempête, à un monstre marin ou à l’intervention de Jupiter lui-même que je n’accepterais pas d’excuse ! Général, vous n’êtes finalement qu’un incapable !

    César attrapa le glaive du garde le plus proche de lui et retourna l’enfoncer rapidement dans le flan du malheureux général qui écarquilla les yeux de douleur pendant qu’agonisant, il se faisait pousser au sol d’un coup de pied par son meurtrier.

    — Et vous savez ce que je fais des incapables. » ajouta-t-il plus pour l’assistance que pour le mort.

    L’empereur lança le glaive, dégoulinant de sang, à son propriétaire qui le rattrapa et le rangea comme si de rien n’était.

    César semblait rasséréné. Pendant que deux gardes emportaient le corps dans une traînée rouge se mêlant aux restes de vin, il se rassit sur son trône et posa la joue sur son poing, le coude en appui sur l’accoudoir.

    Après un court instant, il soupira fort, se leva et partit en direction de la sortie de son palais.

    « Rien n’est plus énervant que de devoir faire les choses soi-même pour qu’elles soient bien faites ! » l’entendirent ruminer les gardes.

  • 051 – L’inspiration

    Phrase donnée par Caroline S.

    Face à sa page blanche, il cherchait l’inspiration qui le fuyait.

    Il la voyait pourtant, se cacher dans le recoin d’ombre de sa feuille sur le bureau, dans celle de l’angle de la pièce que la lampe de bureau n’atteignait pas, dans le fond de son café froid.

    Plusieurs fois, il avait posé la pointe de son stylo sur le papier, croyant sentir le flot des mots venir, pour le relever peu de temps après, l’esprit plus embrouillé encore.

    Il se grattait la tête, s’étirait, tournait en rond sur sa chaise, mais l’inspiration semblait le bouder. Aujourd’hui, c’était elle qui ne voulait pas. Elle devait se venger des derniers jours où il avait passé plus de temps avec ses amis à faire la fête qu’avec ses feuilles, ses stylos et elle.

    Il devait mériter cette froideur de sa part. Il avait préféré ne pas l’écouter, la laisser de côté alors que plusieurs fois elle était venue le titiller, l’éclairer, le faire partir loin dans des mondes que seuls eux deux, ensemble, visitent, le faisant perdre le fil d’une phrase pour prendre l’air béat et le regard perdu d’un benêt. Mais non, il avait préféré la repousser, aidé par les rappels à l’ordre de ses amis.

    Ça faisait près de deux heures qu’il était là, devant cette feuille dont la blancheur commençait à lui brûler les yeux.

    Il reposa la pointe de son stylo sur le papier et commença. Il n’avait rien de nouveau à raconter mais se rendait compte qu’il n’avait pas été très gentil avec l’inspiration dont il avait tant besoin.

    « Très chère inspiration,

    « Je sais que je n’ai pas été très présent pour toi ces derniers jours. Je te présente mes excuses pour ça. Mais est-ce bien raisonnable de me fuir ainsi depuis près de deux heures, nous qui passons habituellement de si bons moments.

    « Si tu viens vers moi si souvent, c’est que tu as des choses à me dire, des choses que dont j’ai plaisir à garder traces. Je te remercie, d’ailleurs de ne les raconter qu’à moi.

    « Que ce soit d’histoires de chevaliers et de dragons, de princesses et d’évasions, de vaisseaux spatiaux et d’accordéons, je me fiche de savoir de quoi tu vas me parler, j’aime juste t’écouter et écrire ces choses.

    « Parle-moi encore et raconte-moi de nouvelles histoires. »

    Il inspira fort, reposa son stylo, déposa sa lettre un peu plus loin devant lui, laissant apparaître une nouvelle feuille vide, puis expira profondément.

    Son message avait dû toucher sa destinataire car à peine un instant après, ce fut une explosion de couleurs, de personnages, d’actions, de mondes dans son esprit. Il n’hésita pas, attrapa son stylo et commença à noircir sa feuille, puis une seconde et une troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la fatigue le gagne, tard dans la nuit.

  • 050 – De la fin plus ou moins annoncée du marathon de la nouvelle

    (ça change des titres courts 🙂 )

    À l’origine, j’avais écrit un article expliquant que je prévoyais la fin du marathon à très court terme comme les trois prochains mois risques d’être chargés pour moi, entre le boulot, la correction & peaufinage du NaNo 2012, la préparation et le NaNoWriMo de cette année (qui sera la suite du 2012, lui-même suite du 2011, et qui devrait être la fin de la trilogie).

    J’expliquais aussi que je voulais faire un recueil des meilleurs nouvelles écrites pour le marathon, prendre le temps de leur apporter le soin éditorial qu’elles méritent avant de publier tout ça au format numérique.

    Et puis finalement, je me suis dit que ça m’embêtais de m’arrêter en si bon chemin. J’aime bien l’exercice et, à priori, il vous plait à vous, chers lecteurs (terme non galvaudé).

    Donc voilà ce que je décide : malgré un mois de septembre très très chargé, je vais essayer de garder le rythme d’une nouvelle par jour mais je ne me forcerai pas à écrire si ça empiète trop sur mon sommeil (c’est là le seul moment qu’il me restera pour écrire). Je ne veux pas non plus écrire sous la contrainte ni tomber dans la (trop?) mauvaise qualité, juste pour dire que j’ai fait la quote-part du jour.

    Vos encouragements sont ma motivation. (J’arrête là, je vais tomber dans le mélodrame sinon)

  • 049 – Le renard

    Phrase donnée par JJ Netux

    Le taxidermiste évalua rapidement le contenu du paquet déposé devant sa porte.

    C’était un crâne. Un crâne de renard. Il y avait très longtemps, quand son métier était encore à la mode, il avait travaillé sur un bon nombre de ces animaux. Des trophées de chasse pour la plupart. Sans compter que ça correspondait avec les ossements qu’il avait déjà reçus, ces derniers jours. Le reste n’était que de la paille pour caler l’objet. Il n’y avait pas de nom ou de coordonnées sur ce carton non plus. Le vieil homme regarda au-dessus de ses lunettes et essaya de voir un mouvement quelconque dans l’escalier. Rien.

    Après avoir levé les sourcils, perplexe et quelque peu irrité, il rentra chez lui et referma sa porte à clef.

    Il se dirigea vers son bureau pour regarder plus en détails l’ossement. Il aimait essayer de deviner la vie de ces créatures dont il manipulait les restes, en regardant les lésions encore visible sur l’os mais surtout il cherchait un indice sur tout ce que ceci voulait dire. Il fut extrêmement surpris quand il examina l’occiput. Certains de ses confrères, comme lui-même le faisait, gravaient la base arrière du crâne de leur trigramme. Le crâne qu’il venait de recevoir mystérieusement portait sa propre signature. Impossible de se tromper.

    Ce crâne était déjà passé dans ses mains. Il ne savait pas quand était-ce mais il n’y avait pas de doutes possibles. Mais ce qui intriguait le vieil homme était de savoir pourquoi quelqu’un aurait dépouillé une de ses œuvres pour ensuite la lui ramener en pièces détachés.

    Il avait reçu tout le reste du squelette, le crâne complétait la bête. Que voulait le petit malin qui lui laissait ces paquets depuis quelques jours ? Juste lui ficher la frousse ou plus ?

    Il n’avait jamais eu d’ennemis, jamais eu de problèmes avec personnes. Alors qui pouvait bien vouloir lui jouer un tour pareil ?

    * * *

    Le soir, assis dans son fauteuil au salon, près de la cheminée, le taxidermiste lisait comme à son habitude. Il fut soudain dérangé par des sons étranges qui venaient de son bureau. Il n’y fit d’abord pas attention. Il avait sûrement mal fermé la fenêtre et ce n’était que les sons étouffés de la rue qui venaient le déconcentrer.

    Cependant, après une bonne minute à entendre quelque chose qui ressemblait à un mélange de raclements et xylophone utilisé par un enfant en bas-âge, le vieil homme décida de se lever et d’aller voir.

    Il n’atteignit pas à la porte qui donnait du salon à son bureau qu’il en vit venir le renard. Ou plutôt le squelette du renard, complet, et surtout debout sur ses quatre pattes.

    Le taxidermiste se demanda d’abord s’il ne rêvait pas mais l’étrange jeu d’osselets s’était réassemblé par lui-même et avançait comme du temps où il était recouvert de chair et de fourrure. L’absence de ces deux éléments, que bon nombres de scientifiques semblaient considérer comme indispensable à la vie, n’avait pas l’air de manquer à ce tas d’os.

    Quand l’animal vit, ou sentit la présence du vieil homme, il s’immobilisa et commença à émettre des sons comme des aboiements mais qui, en l’absence de cordes vocales ou autres, ressemblaient au son qu’auraient pu faire deux lourdes pierres frottées l’une contre l’autre.

    Le taxidermiste recula, surpris. La peur ne le saisissait pas encore. Il ne comprenait pas encore l’irréalisme de cette scène. Ce ne fut que quand le squelette commença à le mordre à la jambe que la douleur lui fit comprendre tout ça.

    L’homme recula encore.

    Cet animal n’était-il revenu d’entre les morts que pour se venger de cet artisan ? L’avoir empaillé l’avait-il empêché de rejoindre l’autre monde ? Était-ce pour ça qu’il revenait aujourd’hui ?

    En sautillant de sa jambe libre, tout en essayant de se défaire de l’étreinte de la mâchoire osseuse, le vieil homme essayait de retrouver un semblant de stabilité. L’animal ne relâchait pas son étreinte et la douleur devenait insupportable.

    Finalement le taxidermiste trébucha sur sa table basse et tomba à la renverse à côté de la cheminée, son bras directement dans l’âtre. Il roula de côté pour essayer d’éteindre la manche qui s’était enflammée instantanément mais le tissu propageait les flammes trop rapidement. Sans compter que le squelette continuait d’essayer de lui enlever un morceau de molet.

    * * *

    Le lendemain matin, les voisins, sentant une odeur étrange émanant de l’appartement et ne voyant pas le vieil homme sortir de chez lui comme à son habitude, appelèrent les secours.

    Quand les pompiers entrèrent enfin dans l’appartement, ils ne trouvèrent que les cendres du propriétaire au milieu de la zone de parquet carbonisé. L’enquête ne put jamais déterminer comment il avait fait pour tomber dans les flammes ni ce que faisait ces ossements de renard à côté de lui.

  • 048 – La pivoine

    Phrase donnée par Celle de X

    « C’est joli les pivoines ! »

    Anter, l’armoire à glace, assis sur son rocher le long du chemin, tenait la fleur et la regardait comme la chose la plus précieuse qu’il avait pu voir dans sa vie.

    Son compagnon, Cribb, à peine plus petit mais beaucoup plus malingre était debout, à côté de lui. Il regardait aux alentours, attendant le passage des voyageurs. L’ingénuité de son compagnon l’exaspérait toujours un peu.

    « Tu trouves pas ça joli, Cribb ? reprit le géant.

    — Anter, mon cher, ça ne sera jamais aussi beau qu’une bourse bien remplie !

    — Tu es tellement terre à terre des fois.

    — Ah ! Voilà enfin de la clientèle. Je croyais que personne ne passerait aujourd’hui ! »

    Anter sauta de son rocher et fit trembler un peu le sol en atterrissant. Il déposa délicatement la fleur fraîchement coupée et attrapa sa grosse hache. Cribb dégaina sa rapière. En général, les voyageurs observant le spectacle de ces deux bandits sur le pied de guerre n’opposait pas de résistance et se délestaient volontiers de leurs bourse et bijoux.

    Celui-ci arriva tranquillement vers les deux compères. L’homme, malgré le fait qu’il se déplaçât à pied, semblait fort bien vêtu. Sa houppelande montrait une qualité de tissage et de broderie qu’en général seuls les nobles pouvait se payer, mais ceux-ci se déplaçait plus fréquemment à cheval.

    Cribb ne savait pas trop quoi en penser. Le voyageur qui avait parfaitement vu les deux hommes au milieu du chemin, n’avait pas, comme la plupart le faisait, dévié sa trajectoire pour tenter de les éviter. Il était allé directement sur eux. Quand il fut à une dizaine de pas de lui, Cribb prit la parole :

    « Bonjour, noble voyageur ! Cribb parlait toujours avec de grands gestes, imitant de façon moqueuse les révérences faites à la cour. Le tout, l’épée à la main, faisait toujours un effet certain sur les plus téméraires des personnes qui passaient par là.

    — Ne continue pas plus loin, l’ami, répondit le voyageur, la voix assurée et le timbre grave. Vous allez, ton ami et toi, gentiment me proposer de ménager mon voyage en me soulageant d’une partie de ma charge.

    — Assurément !

    — Et pour vous remercier de m’aider dans mes efforts, je vais devoir, en plus de me délester de ma joaillerie, vous payer ce service si aimable.

    — Parfait ! Si le contrat est connu et, semble-t-il, accepté, passons donc à l’échange de services.

    — Je n’ai pas dit que j’acceptais. Mais si vous voulez bien me laisser passer, je vous laisserai la vie sauve.

    — Allons… commença Cribb, prêt à rire de ces menaces, mais il s’arrêta alors que le voyageur dégainait à son tour.

    — Je me doutais bien que les célèbres Anter et Cribb ne laissaient jamais personne sans les délester ! Passons aux choses sérieuses, je n’ai pas envie de perdre trop de temps ! » annonça-t-il en se mettant en garde.

    Cribb, surpris autant par les manières de cet homme que par sa célébrité, ne se laissa pas plus impressionner. Haussant les épaules, il imita son adversaire. Ils n’attendirent pas longtemps pour commencer le combat. L’homme était rapide et connaissait ses techniques. Cribb avait peut-être une très grande expérience dans les combats — non académiques — mais l’homme en face de lui avait un niveau bien supérieur.

    Rapidement, Cribb fut touché à l’épaule puis à la jambe. Alors qu’Anter levait sa hache pour l’abattre sur ce récalcitrant qui venait de blesser son ami, il fut transpercé directement dans le cœur. Le géant s’effondra, mort.

    Cribb essaya de se relever.

    « Tu es fort, l’ami, mais je me battrai jusqu’à la mort pour venger mon ami ! annonça-t-il plein de fierté.

    — N’aie crainte, tu vas le rejoindre rapidement !

    L’homme laissa au bandit le temps de se relever.

    — Qui es-tu ?

    — Je suis le chevalier de la Hordy, chef de la garde royale. J’ai reçu l’ordre de venir m’occuper de vous deux ! »

    Et d’un coup, le chevalier trancha la moitié de la gorge de Cribb.

    Surpris autant par la quantité de sang que par cette attaque qu’il n’avait pas vu venir, le brigand porta la main à son cou. Il tituba, essayant de s’appuyer sur le rocher dont se servait de siège son ami pour se maintenir debout. Sa main glissa, emportant dans sa chute la fleur de son ami, déjà dans l’autre monde.

    Le chevalier tira un tissu de sa poche, essuya sa lame, la rengaina puis partit sans même se retourner.

    La dernière chose que vit Cribb fut cette pivoine baignant dans son sang.

    Anter avait raison. C’était une jolie fleur.