Auteur/autrice : Camille X Morgan

  • 047 – Le plongeon

    Phrase donnée par Magalie K.

    Elle se sentait étouffer. Dans un dernier souffle, elle cria : « laissez-moi vivre !!! »

    Mylan se redressa, faisant gicler de l’eau sur tout le sol. Les gouttes résonnèrent sur le sol métallique. Le docteur Ronier était à côté d’elle. Il attrapa la jeune femme pour éviter qu’elle ne replonge. Il y avait peu de risque. Mylan agrippait fermement les bords du bac qui servait de baignoire pour les plongeons, tout en respirant fort.

    « Qu’est-ce que tu as vu ? demanda Klara, la capitaine du bâtiment. Ronier et Mylan lui jetèrent un regard méchant, surtout Ronier, Mylan n’avait plus assez de force.

    — Tu as vu quelque chose ? demanda à nouveau le quadragénaire quand Mylan eut repris une respiration plus lente.

    Elle ne répondit que par un hochement de tête négatif.

    — Rien, parvint-elle à articuler. C’est trop sombre en bas.

    — Il faut que tu y retournes ! ordonna Klara en frappant le sol du pied de rage.

    — Non ! Elle n’est pas en état pour repartir. Il faut la laisser se reposer.

    — Il faut qu’elle reparte et qu’elle trouve cette caisse avant les Capitalistes. Si nous nous faisons doubler, nous sommes morts tous autant que nous sommes. Les camarades ne supporteront pas un nouvel échec !

    — Avoir notre médium morte d’épuisement ne nous sauvera pas ! répondit Ronier. Et tant que c’est moi le médecin à bord de ce sous-marin, je décide si elle peut reprendre la mission ou non.

    Klara toisa Ronier mais savait parfaitement qu’il avait raison. Elle tourna les talons et avant de sortir de la pièce :

    — Je te laisse trois heures pour la remettre en état de replonger. »

    Ils entendirent les pas lourds du capitaine sur les grilles de la coursive retentir jusqu’à la trappe de changement de niveau. Ron souffla. Il n’aimait pas aller contre les ordres mais l’état d’épuisement de la jeune fille montrait qu’elle ne pouvait plus continuer.

    Elle commençait à grelotter. Il l’aida à sortir du bac et l’enveloppa d’une serviette. Après lui avoir tendu une boisson se voulant être du café, il sortit lui aussi de la pièce.

    « Prends le temps de te réchauffer et de mettre une tenue sèche puis viens me chercher dans le couloir. Je t’examinerai pour savoir comment ça va et tu me diras ce que tu as vraiment vu. »

    Mylan acquiesça de la tête tout en serrant la tasse de liquide fumant. Elle tremblait tellement qu’elle manquait à chaque instant d’en renverser.

    Ronier fumait dans le couloir. C’était à l’encontre des consignes du sous-marin mais il ne pouvait s’en empêcher et se fichait du règlement, après tout, il n’était pas militaire. Pas vraiment. Au bout d’un petit moment, Mylan rouvrit la porte du cabinet médical. Elle était sèche et à part ses cheveux encore humides et quelque peu ébouriffés, plus rien ne paraissait de son bain.

    Ron fit asseoir la jeune femme sur la table d’examen et l’ausculta. Son pouls était redevenu stable à cinquante quatre battements par minutes, par contre sa tension était beaucoup trop élevée, vingt-deux, quinze. À cette valeur là, elle aurait déjà dû être morte. Et pourtant, elle trouvait la force de sourire. Ses pupilles avaient encore du mal à réagir normalement mais ça mettait toujours du temps à revenir après un plongeon.

    « Alors, dit-il doucement. Qu’est-ce que tu as vu au fond ? La jeune femme hésita. Elle savait qu’elle pouvait avoir confiance dans le docteur mais elle n’aimait pas parler de ce qu’elle voyait pendant ses transes.

    — C’est très flou. Le fond des eaux est très sombre. Les êtres vivants sont différents de ceux de la surface, je n’arrive pas à comprendre ce qu’ils voient.

    Ron fit une moue mélange de dépit et de sincère embarras pour la jeune femme. Il n’aimait pas la faire « plonger » dans tous les sens du terme. Ces techniques d’immersion dans l’eau pour permettre au cerveau de retrouver l’état qu’il connaissait dans le ventre de la mère afin de se connecter à Gaïa étaient encore très nouvelles. Et très risquées. Il avait chaque fois peur que la jeune fille se noie. Elle restait des fois plus de vingt minutes en apnée.

    Mylan était très douée. Une fois connectée, elle parvenait à voir à travers les yeux de toutes les formes de vie. Elle avait expliqué à Ron que Gaïa étant connectée à chacun des êtres vivants de la planète, elle pouvait se déplacer de conscience en conscience et non seulement voir mais aussi ressentir tout ce que son hôte ressentait, atteindre ses souvenirs, être lui.

    L’armée Communiste avait trouvé par hasard l’existence de ce pouvoir chez des gamins qu’ils formaient pour devenir des commandos d’élites. Après de nombreuses tortures psychologiques et physiques, certains des gamins avaient commencé à avoir des hallucinations. Et au bout d’un moment, les scientifiques avaient compris que ce que ces gosses voyaient était bien réel. Ils avaient isolés ceux qui avaient des visions pour les entraîner plus spécifiquement sur ces capacités. Mylan faisait partie de ces gamins. À présent, l’entraînement était fini pour elle, elle était opérationnelle.

    Dix-sept ans, c’est un peu jeune pour être au fond d’un sous-marin. C’est ce que Ronier disait souvent.

    À présent, ils devaient retrouver la cargaison d’un navire islandais. Seule Klara savait ce qu’elle contenait mais ça devait être d’une importance suprême pour qu’elle mette autant la pression sur la jeune fille et l’équipage.

    « Ça va aller pour recommencer ? » demanda gentiment le médecin.

    Mylan hochait de la tête pour répondre par l’affirmative mais ce mouvement se transforma rapidement en violents sanglots. Elle s’agrippa au cou du docteur et laissa la fatigue et le reste couler avec ses larmes qui se mêlèrent sur le plancher à l’eau répandue à son réveil.

    Quand la jeune femme commença à se calmer, Ronier se défie délicatement de l’étreinte et alla jusqu’à son armoire à médicaments.

    « Je ne veux rien, docteur, parvint à articuler la jeune femme. Plus de drogue, s’il-vous-plait.

    — Même pas un peu de chocolat ? demanda Ron en brandissant trois barres enveloppées dans leur emballage métallique. Je l’ai piqué au cuisinier et je le planque là, parce qu’il n’y a que moi qui ai la clef ! » rajouta le médecin avec un clin d’œil à la jeune fille.

    Elle ne répondit que par un sourire en s’essuyant la joue et en reniflant.

    Mylan se sentait beaucoup mieux, comme si pleurer avait vidé les ballasts qu’elle remplissait à chaque plongeon. Le chocolat devait avoir une action aussi.

    L’interphone sonna soudain dans le cabinet médical. Ronier décrocha. La voix du capitaine résonna, toujours très métallique, dans toute la pièce.

    « Votre protégée est prête à replonger ? demanda-t-elle sans ménagement.

    Ron se tourna vers Mylan, l’air démuni. La jeune fille lui sourit et le regard le plus assuré du monde, elle répondit simplement par un hochement de tête vertical.

    — Oui, capitaine !

    — Préparez tout, je descends ! »

  • 046 – Le soleil

    Phrase donnée par Ambrose

    Le soleil brille, mais pas ici.

    Au plus profond de la croûte terrestre, là où la chaleur du noyau de la planète permet de n’avoir jamais froid, toute la lumière que nous recevons est artificielle. Ou créée par les vieux néons récupérés de la surface, ou fabriquée par des champignons modifiés génétiquement pour avoir des spores lumineuses. La lumière est alors comme irréelle, douce, vaporeuse, parce que les spores volent partout dans les airs. C’est peut-être la seule chose qui me fait encore m’émerveiller de ce monde.

    Je suis un gardien de la lave. Mon travail consiste à creuser des galeries pour faire s’écouler le sang de la Terre correctement et empêcher qu’elle ne remonte à la surface.

    Nos ancêtres ont tellement fait n’importe quoi avec leurs technologies foireuses et leur égoïsme collectif que maintenant, nous devons faire extrêmement attention à tout. La croûte terrestre est devenue extrêmement sèche et friable. La lave ne la déchire plus, elle l’enflamme comme un vieux morceau de tourbe séchée. Les eaux des mers sont déchaînées à cause des vents violents qui parcourent le globe sans cesse. Quand on me dit qu’avant, des navires pouvaient aller d’un continent à l’autre, et même faire le tour du monde, j’ai du mal à le concevoir. Une fois, bien à l’abri sur un des bunkers en hauteur, j’ai vu les vagues un jour qu’on m’avait donné comme calme. Les vents sont tellement forts que les vagues s’écrasent à plus de trente mètres du rivage, le sel se répand partout et brûle le sol, empêchant toute végétation de pousser.

    Le seul avantage à ce vent infatigable, c’est que nous avons de l’énergie quasiment infinie grâce à nos parcs éoliens. Par contre, je plains vraiment les gars qui en font l’entretien. Je préférerais toujours être à ma place qu’à la leur. Avec leur combinaison lestée et leur fil d’Ariane pour les empêcher de se faire emporter par les bourrasques. J’ai connu un mec, les sécurités n’ont pas marché, il s’est envolé. On a retrouvé son cadavre à plus de trois cents kilomètres. À chaque instant, ils risquent de se faire transpercer par des déchets emportés par les airs. Le moindre bouchon de bouteille devient aussi dangereux qu’une balle de fusil. Merci les ancêtres d’avoir laisser traîner vos déchets n’importe comment. Au moins, au fond de mon trou, à part mourir d’asphyxie ou en tombant dans la lave, je n’ai pas de grands risques. Je pourrais devenir fou de vivre enfermé aussi, comme le vieux Nils, il y a quelques années. Le manque de lumière naturelle avait dit le doc. Vivre enfermé, ce n’est pas vraiment une vie. Quand on pense qu’avant, tout le monde pouvait vivre à la surface, ça fait rêver.

    Quand je vois l’état du monde, je me demande encore pourquoi les gens continue de faire des gosses. À quoi bon mettre au monde des individus qui souffriront comme nous d’être sur cette planète devenue si inhospitalière.

    Quand je me mets à trop réfléchir, je deviens morose. J’en viendrais presque à me laisser tomber dans la lave tellement je ne vois pas l’intérêt de continuer cette vie sans réel sens.

    C’est en général dans ces moments qu’elle arrive de sa zone de travail pour déjeuner avec moi et bizarrement, toutes ces pensées maussades disparaissent devant le sourire et les yeux moqueurs de cette jolie fille.

    Le soleil ne brille peut-être pas ici, mais avec Lucie à mes côtés, je n’en ai pas besoin.

  • 045 – La chenille

    Phrase donnée par Anne L.

    En ce matin d’août ensoleillé, le jardinier trouva une drôle de chenille géante au milieu de ses pommes de terre.

    D’abord, il eut du mal à comprendre ce qu’il voyait en train d’écraser ses plants. La chose plus haute que lui ressemblait à une grosse tente, du genre qui se déplie toute seule quand on la lance. Mais ça n’était pas translucide comme une tente. C’était bien opaque.

    Arrêté à cinq pas de la chose, le jardinier se passa la main sur le front, autant incrédule de la situation qu’en manque d’idée pour faire bouger cette chose. Il imaginait déjà ses pauvres petites patates complètement écrasées, lui qui les bichonnait depuis le mois de mars et avait passé tant de temps à les protéger du mauvais temps de ce printemps si pourri.

    Il se demandait si c’était l’engrais extra-puissant qu’il avait acheté sur internet, parce qu’interdit ici, qui avait fait grandir cette bestiole de façon si extraordinaire. L’idée d’avoir une amende de la part des autorités s’il leur demandait de l’aide pour se débarrasser de cet insecte lui fit immédiatement oublier cette possibilité.

    Ce bonhomme ne disposait pas de beaucoup de matériel pour s’occuper de son petit jardin mais à cet instant, il aurait bien voulu avoir un bon gros tracteur pour tirer cette dérangeante invitée hors de ses plates bandes.

    Est-ce qu’au moins cet insecte était vivant ? De sa fourche, il tenta de piquer la chair à l’apparence épaisse. Les pointes s’enfoncèrent sans déchirer l’enveloppe. En réalité, le tout était tout à fait flexible et avait repris sa forme quand le jardinier avait, lui, repris son instrument.

    Il aurait pu essayer de rouler la chose mais, d’une part, il ne savait pas s’il pourrait la bouger tout seul, elle semblait vraiment lourde, d’autre part, il ne savait pas si cette chenille faisait partie de celles dont le corps est recouvert de poison — d’ailleurs, il devrait sûrement laver sa fourche avant de s’en servir — et surtout, il devrait sacrifier une grande partie de ses plantations pour faire sortir l’intruse. Donc il n’était pas question de faire rouler cette chose.

    Au bout de vingt minutes à contempler cette bizarrerie de la nature, le jardinier se dit qu’il devait agir. Le mieux était peut-être de la tuer pour la découper en morceaux avec la tronçonneuse pour la sortir plus facilement. Oui. Mais comment tuer quelque chose de la taille d’un éléphant en étant sûr qu’il ne se débattrait pas. Le jardinier ne voulait pas risquer d’être blessé, ni lui, ni son jardin. Sans réelle solution, il se résigna à asperger d’essence la chenille et l’enflammer.

    Il allait entrer dans sa remise à outil pour chercher ce qu’il fallait quand un grand bruit de déchirement retentit dans l’air. Le bonhomme se retourna vivement vers la chenille, inquiet pour ses courgettes et ses plants de tomates. Il faillit tomber à la renverse en voyant la chenille déployer de gigantesques ailes colorées. Le vent qui souffla quand elles se mirent en action fit s’envoler le chapeau de paille de l’incrédule.

    Celui-ci regarda un instant le papillon de la taille d’un petit avion s’élever dans les airs et s’éloigner. Ce ne fut qu’une fois hors de vue qu’il se précipita vers sa plantation pour voir l’étendue des dégâts, finalement pas si important qu’il ne le pensait.

  • 044 – De la difficulté du marathon scriptural

    Depuis le mois de juillet, je me suis lancé dans un marathon de nouvelles (très voire ultra courtes) au rythme d’une par jour. Je voulais essayer d’écrire sur des thèmes différents, dans des styles différents, pouvoir faire ce qu’un roman ne permet pas à cause du travail à long terme que ça représente.

    Neil Jomunsi, auteur notamment de la série des « Jésus contre Hitler », s’est lancé pour sa part dans un marathon d’autant plus courageux : le projet Bradbury, consistant à écrire et publier (avec tout le travail éditorial que cela représente) une nouvelle par semaine pendant un an, soit pour les mauvais en maths, 52 nouvelles. (plus de détails par là)

    Ce matin, sur Twitter, Neil a lancé 3 tweets qui me renvoient un peu à mon projet et m’ont poussé à quelques réflexions sur ce genre de folies que sont les marathons d’écritures.


    @NeilJomunsi : « A peine terminé la nouvelle de la semaine qu'il faut réfléchir à ce que j'écrirai lundi. Je commence à comprendre ce que sera mon quotidien. »

    Se lancer dans un marathon, c’est d’abord de l’organisation.

    En effet, ça peut paraitre évident, mais se lancer dans un projet comme ça, demande d’être capable d’y allouer un temps certain par jour. TOUS LES JOURS.

    Dans mon cas, j’écris une nouvelle par jour, c’est donc clair, je dois être capable de prendre le temps, entre le boulot et la vie de famille (et le sommeil aussi, c’est important). J’ai aussi décidé d’écrire des nouvelles très courtes (maximum 5 pages A4, mais finalement rarement plus de 2), de ne pas faire un travail éditorial de peaufinage pour leur publication sur le blog. J’envoie des textes mal dégrossis et absolument pas exempt de fautes, mais la finalité de mon marathon est surtout de visiter des styles et des narrations différentes.

    Dans le cas de Neil, qui livre des nouvelles finies (corrigées et complètement « pro ») et beaucoup plus longues que les miennes , cela demande beaucoup de temps et une organisation bien rodée, comme il l’explique sur son site dans l’article Tenir le rythme :

    Voilà donc comment se répartit, pour moi, la semaine :

    • LUNDI : écriture du premier jet, en général de 9:30 à midi puis de 14:00 à… jusqu’à ce que je m’écroule.
    • MARDI : si le premier jet n’est pas terminé, je continue sur la même base horaire. S’il est terminé, j’entame une première relecture sur le texte écrit la semaine précédente : je décale d’une semaine, histoire d’avoir un regard plus frais. Toutefois, il s’agit de garder le même esprit que celui dans lequel il a été écrit. je préconise donc de ne pas laisser trop de temps passer entre deux relectures. La première réécriture est selon moi la plus difficile. Elle me colle un mal de crâne à coup sûr, et ça prend un temps fou.
    • MERCREDI : une fois le premier jet relu et corrigé sur ordinateur, j’imprime le texte et je l’annote au stylo rouge . Dernières coquilles, répétitions, tournures de phrases : en général les pages se couvrent assez vite de rouge. C’est un processus au moins aussi difficile que la première relecture, mais sans le mal de tête. L’effet papier? Pas forcément, même si c’est plus agréable de se relire sur une feuille que sur un écran. Peut-être juste qu’on commence à se détacher.
    • JEUDI : Après avoir corrigé le texte informatique avec toutes mes annotations, je le réimprime (au verso de la première version) et je le RE-corrige/annote avec un stylo bleu, cette fois, histoire de ne pas me planter de côté de la feuille. Cette fois-ci, il y a moins de travail. Je corrige des tournures de phrase principalement, et je simplifie ce qui peut l’être. J’élimine les mots / phrases inutiles. Il y en a beaucoup et ça plombe plus souvent le rythme que ça n’embellit le style.
    • VENDREDI: Je fais une pause, je sors dans le jardin et je m’allonge dans l’herbe pour regarder les oiseaux. Non, je plaisante bien sûr. Je RELIS encore le texte, sur l’écran, et j’effectue des micro-corrections après avoir rentrées celles de la veille. Je conserve chaque version du texte dans un dossier distinct.
    • SAMEDI: C’est prêt !

    On voit bien qu’il a prévu de travailler tous les jours et de ne s’octroyer qu’un petit jour de repos (ou de vie sociale, je ne sais pas ^^).

    Je trouve qu’en plus son projet est bien plus difficile à gérer que le mien parce que, quand moi je termine une nouvelle, je la publie et je l’oublie, Neil, lui, doit travailler sur au moins deux nouvelles en même temps, tout en pensant à ce que va être la prochaine.

    C’est là que moi je triche, parce que je demande à mes amis de me fournir des phrases à partir desquelles je vais partir et essayer de créer un univers. Cela dit, ça a aussi son lot de difficultés, parce que des fois, ils m’en refilent des biens gratinées.


    @NeilJomunsi : « Je me rends compte aussi que les histoires sur lesquelles je travaille sont plutôt tristes jusque là. Donc lundi, comédie. #projetBradbury »

    Les histoires courtes préfèrent les fins tristes

    Étrangement, je me suis rendu compte que j’avais une tendance à faire des fins triste. Je ne sais pas si c’est une généralité ou juste un point commun entre Neil et moi, mais je dois me forcer pour faire des fins heureuses ou drôles dans les nouvelles. Alors que finalement, dans mes histoires plus longues, les fins sont moins tragiques.


     ‏@NeilJomunsi : « Mais je mesure seulement maintenant le côté marathon. Ça va être une année hautement enrichissante ET hautement sportive. »

    C’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur

    Pour reprendre le faux proverbe de Bigard, il est vrai qu’on ne prend la mesure de l’ampleur du travail qu’une fois qu’on s’est lancé. C’est le côté sportif. Avant, on imagine ce que ça peut être, on a une vague idée, mais une fois qu’on est parti dans le défi, on se rend compte que c’est bien plus difficile à tenir qu’on pouvait le penser, tout en gardant un niveau de qualité correct. Un peu comme faire des gosses quoi 🙂

    Pour le côté enrichissant, quand on  fait autant d’efforts pour tenir le rythme, tenir la qualité, essayer de faire des choses différentes, forcément on s’améliore.


    Donc comme pour un vrai marathon, il ne faut pas se lancer dans un projet à long terme avec un rythme soutenu :

    • sans préparation,
    • sans organisation,
    • sans un bon grain de folie,

    mais ça reste une très bonne expérience en tant qu’auteur.

    Le dernier avantage que je vois dans des marathons à sorties régulières, c’est que l’auteur reçoit des retours des lecteurs de façon plus régulières. (ce qui en bonus, permet de ne pas sombrer trop rapidement dans la dépression de l’auteur ^^)

  • 043 – Déménagement

    Je me sentais un peu à l’étroit sur mon précédent blog, alors j’ai décidé de déménager ici.

    Le transfert des anciens articles est en cours. Désolé pour la gêne occasionnée pour la poussière et l’odeur de peinture fraîche.

  • 042 – Le nouveau coéquipier

    phrase donnée par Dexash

    « Il travaille pas comme nous, il a des pratiques pas tellement éthiques mais non, les organisateurs nous le collent dans les pattes ! Gunner fulminait littéralement.

    Lui et son équipe de joueurs-mercenaires participaient à cette émission depuis trois saisons déjà. Ils avaient vu passer des centaines d’équipes de candidats, certaines d’une nullité affligeante, qui s’étaient fait détruire rapidement, d’autres plutôt bonnes, dont les quelques survivants avaient pu jouir de leurs gains pour se faire reconstruire les organes ou membres perdus pendant le jeu. Mais malgré l’état final des participants, Gunner et son équipe avait toujours suivi parfaitement les quelques règles.

    Mais l’émission avait du plomb dans l’aile. Les politiciens nouvellement élus voulaient la faire arrêter parce qu’ils la trouvaient trop violente et considéraient qu’elle n’était pas un bon exemple pour la jeunesse. Et surtout, elle commençait à perdre des parts de marché. Certains disaient que les mentalités des gens changeaient et qu’ils voulaient des émissions plus intellectuelles. Ça faisait chaque fois rire Gunner.

    « Ça fait près de cent ans que la télé existe et le niveau intellectuel des gens qui la regarde n’a jamais augmenté depuis, disait-il. Je vois pas pourquoi ça changerait maintenant ! »

    Pour remédier aux problèmes d’audimat, la production essayait depuis deux ou trois mois de nouvelles techniques, des invités spéciaux, des nouvelles règles moins dures, elle imposait des nouvelles recrues dans les équipes pourtant parfaitement rodées de joueurs-mercenaires, voire les mélangeait.

    Et cette fois-ci, c’était à son équipe que la production s’attaquait. Gunner ne décollerait pas.

    Assis dans son fauteuil, dans l’espèce de taudis qui lui servait de bureau, entouré des sept autres membres de son équipe, le cigare à la bouche, il attendait que la nouvelle recrue forcée n’arrive. Oh ! Il savait de qui il s’agissait. Tout le monde le savait. Il en avait suffisamment fait la publicité pour la prochaine émission. Arrivé dans le jeu depuis environ six mois avec son équipe, ce gars avait réussi à barrer la route de pas mal de participants et le public avait été séduit autant par ses manières de faire, parfois en dehors des règles, que par sa tenue.

    Mais Gunner n’aimait pas les nouvelles têtes. Surtout quand on ne lui laissait pas le choix. De toute façon, il le savait, il ne pouvait pas lutter. Soit il refusait et son équipe était virée, sans indemnités, soit il acceptait et tentait de sauver l’émission et leurs boulots à tous.

    Quelqu’un frappa à la porte. Gunner jeta son cigare qui rebondit, encore fumant, sur une caisse de munitions dans un recoin de la pièce.

    « Ouais ! » Grogna-t-il.

    La porte s’ouvrit et une silhouette se dessina dans l’embrasure : la silhouette toute de rose vêtue de Sacha, la Folle de l’Enfer.

  • 041 – L’expédition

    Phrase donnée par Luigi B.B.

    « Tu peux enlever ton imper pour dormir, je crois qu’il ne pleuvra plus cette nuit. »

    Je ne répondis que par un grognement. Même s’il ne devait plus pleuvoir, j’étais déjà trempé jusqu’aux os. J’étais littéralement gelé. Et pas moyen de faire un feu pour se sécher ou se réchauffer.

    Allongé en chien de fusil au pied d’un arbre, je tournais le dos à Ben. Mais je l’imaginais bien, assis contre un tronc, les mains derrières la nuque à essayer de voir les étoiles ou la lune à travers le feuillage de cette forêt peu dense.

    « Tu m’en veux de t’avoir embarqué dans cette histoire ? me demanda-t-il.

    Je grognais encore. Je voulais dormir. Je voulais manger aussi. Et surtout, je voulais rentrer chez moi.

    — non mais, je comprendrais bien que tu m’en veuille, reprit Ben. Je m’en veux à moi-même, je pense.

    Qu’est-ce qu’il pouvait m’énerver quand il était comme ça, à jamais s’arrêter de parler.

    Soudain, je sentis quelque chose faire bouger mon col relevé pour me couper du faible vent. Je pensai immédiatement à Ben qui me taquinait pour que je lui réponde. Je grognais en me dandinant. Ce message, certes subtil ne l’empêcha pas de continuer.

    — Putain, tu peux arrêter ? J’essaie de dormir au cas où t’aurais pas remarqué !!

    — Arrêter qu.. Oh merde ! Alex, bouge pas !

    J’allais me retourner mais me raidit immédiatement. Ben avait dans sa voix cette pointe de peur qu’il n’avait que rarement et qui me glaçait chaque fois le sang. Je l’entendis s’activer dans le bruissement du tapis de feuilles mortes. Pendant ce temps, qui me sembla extrêmement long, je sentais toujours quelque chose qui bougeait sur mon col et commençait à s’approcher un peu trop près de mon oreille.

    Soudain, je vis une masse sombre voler au-dessus de mon visage et atterrir trois mètres plus loin. C’était une araignée, une gigantesque araignée. Grande comme ma main. Elle devait avoir compris le message de mon ami, vu comme elle déguerpit.

    D’un bond, je m’étais levé, horrifié qu’une bestiole comme ça m’ait touché. Je déteste tout ce qui a plus de six pattes.

    — T’as eu chaud ! me lança Ben agitant le bâton qui m’avait sauvé, assez fier de son intervention.

    Mes nerfs craquèrent. Ça plus le reste, je n’y tins plus et me mis à hurler sur mon amis.

    — J’EN AI MARRE DE CETTE FORÊT !! J’EN AI MARRE DE CES BESTIOLES !! J’EN AI MARRE D’ÊTRE TREMPÉ !! ET SURTOUT, J’EN AI MARRE DE CETTE EXPÉDITION FOIREUSE !!

    — Je comprends… Mais au moins, il a arrêté de pleuvoir ! »

    Soudain, un bruit sourd se fit entendre, rapidement suivi d’une illumination de la nuit.

    Je jetai un regard blasé à mon compagnon de galère.

    La pluie reprit de plus belle.

  • 040 – Scène de ménage

    Phrase donnée par Caroline S.

    « Oui et en même temps…

    — Attends, ça t’embêterai de me laisser finir ma phrase ?

    — Mais je voulais juste…

    — Non mais c’est vrai quoi ! T’es toujours en train de me couper. Pas moyen d’en placer une avec toi !

    — C’est surtout que…

    — C’est surtout que ça te fais chier de m’écouter et que tu veux toujours avoir le dernier mot.

    — Alors là…

    — Y en a marre. Je vais plus rien te raconter si tu m’empêches de parler tout le temps.

    — Mais…

    — Non ! Pas de « mais ». Rien. C’est tout. Je dis plus rien !!

    — Bon. D’accord. Mais faudrait pas me faire une scène quand on sera arrivés à la soirée et que tu te rendras compte tes chaussons ne sont pas accordés avec ta robe. »

  • 039 – La vache

    Phrase donnée par Grizzly

    « Et merde, une vache !

    — Quoi ? demanda le chef de groupe, surpris par cette rupture du silence.

    — C’est une putain de vache, sergent ! Au beau milieu de la cuisine ! Fait chier ! lâcha Steinberg.

    — Ça fait vingt minutes qu’on guette comme des cons, tout ça pour une vache ! Le caporal Martin tapa le mur du poing.

    — C’est pour ça que ça pue le gaz dans toute la maison ? Pouah ! C’est dégueu ! Le jeune première classe ne put s’empêcher de cracher, répugné.

    — Tout le monde se calme et reprend ses esprits. C’est peut-être une simple diversion. Restez concentrés ! ordonna le sergent Mitchell. La cible ne doit pas être trop loin. D’après nos renseignements, il n’a pas quitté la zone. Si on le voit pas aux thermiques, c’est juste qu’il est bien planqué ! Je vous rappelle que cet enfoiré est sacrément rusé, vous laissez pas surprendre !! Allez ! Je veux voir tout le monde avec l’A.N.P. sur le groin. J’veux pas courir de risque avec le gaz !

    Une fois que tout le monde eut mis son masque à gaz, le sergent reprit :

    — Équipe une, vous allez me fouiller l’aile ouest de la baraque. Équipe deux avec moi, on prend l’autre partie. »

    D’un signe, Mitchell lança l’investigation mais à peine les premiers soldats furent-ils en mouvement qu’un son suspect résonna dans la pièce. Celui d’une corde qui casse et d’une cuillère qui se sépare de sa grenade. Le groupe de combat n’eut que le temps de se jeter au sol quand l’engin explosa, mettant à feu le gaz enfermé dans la maison.

    Les flammes furent visibles dans la nuit jusqu’à plus de dix kilomètres.

    De là où il était, un cigare accroché à ses lèvres souriantes, leur cible contemplait le spectacle.

  • 038 – Le rocher

    hrase donnée par Dexash

    Les gens s’écartaient autour de lui, telle une rivière contournant un rocher.

    À part qu’ils ne le touchaient pas. Ils n’osaient pas.

    Il était le seul à revenir de cet endroit vers lequel tous allaient, remplis d’espoir.

    Les quelques réfugiés qui le regardaient avec un peu d’attention avaient pu voir qu’il était comme plus lumineux, plus coloré, rayonnant, alors que tous semblaient grisâtres. La plupart des gens avaient la tête courbée, lui se tenait bien droit. Il marchait d’un pas assuré.

    Certains de ceux qui étaient passé près de lui, sans le toucher, avaient senti comme de la chaleur se dégager de lui.

    Tous se demandait qui était cet homme mais personne n’osait s’arrêter pour lui demander.

    Il devait être l’un de ceux qui avaient réussi à passer de l’autre côté. Là où tous se dirigeaient. Et pourtant, seul de rares êtres étaient capables de revenir. Chaque fois, ils étaient devenus de grands prophètes.

    Il n’avait même pas besoin de parler. Sa simple vision ravivait la foi de ces gens et les aidaient à continuer vers leur destin commun, les laissaient espérer qu’ils seraient le prochain bienheureux à revenir et à donner la foi aux suivants.