069 – Le clown

Phrase donnée par Masque de Mort

Le clown la regardait fixement. Ses vêtements étaient sales et il sentait l’alcool sous son maquillage.

Elle n’avait jamais aimé les clowns mais celui-ci particulièrement ne lui inspirait pas confiance. Surtout dans cette ruelle un peu trop sombre. Elle resserra la main sur la lanière de son sac à main puis inspira profondément. Les relents de l’homme déguisé atteignirent son palais. Elle dut retenir un haut-le-cœur. Ils étaient tous les deux immobiles.

Le regard du clown était vague, pas vraiment fuyant. C’était comme s’il n’arrivait pas à se fixer sur la jeune femme. Il regardait tout autour d’elle. Pas ses jambes, son sac, ou ses cheveux. Vraiment tout autour d’elle. Comme poser son regard sur elle lui brûlait la rétine.

La jeune femme prit son courage à deux mains et fit un pas en avant. Puis un second, puis un troisième. Elle était lancée. Se décalant un peu pour éviter l’effrayant et triste bonhomme, elle se retint de fermer les yeux pour se donner la force de continuer quand elle passa à son niveau. Il fallait garder les yeux ouverts au cas où il tenterait quelque chose.

Elle avait fait six, sept, huit pas, après lui. Il n’avait pas l’air d’avoir bougé. L’avait-il au moins vue ? Elle souffla. Fort. Soulagée.

Pourquoi fallait-il qu’elle prenne ces petites rues pour rentrer le soir chez elle ? se demanda-t-elle. C’était la première fois qu’elle tombait sur quelqu’un d’aussi bizarre, mais chaque fois qu’elle passait là, elle sentait l’angoisse monter en elle et, chaque fois, elle se disait que ce serait la dernière.

Presque arrivée au bout de la rue, elle se retourna pour voir le clown. Il n’avait par bougé d’un iota.

Sans avoir le temps de se retourner, elle buta dans quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Un homme, la dépassant d’une tête, lui saisit le poignet. D’où venait-il ? Cette partie de la ruelle était complétement vide il y avait un instant encore.

Elle tenta de se libérer de son étreinte, mais elle était trop puissante. Soudain, une paire de mains se posa sur ses épaules. Ils étaient donc deux. Ce ne pouvait être le clown, il n’aurait pas pu parcourir cette distance en si peu de temps.

Le premier agresseur attrapa le sac à main de sa main libre et tira pour l’arracher à sa propriétaire. Celle-ci résista tant qu’elle put, mais ces efforts furent vains, maintenue par le complice. Elle cria à peine. Tout juste fut-ce un haussement de ton de protestation. Autant parce qu’elle savait que jamais personne ne viendrait l’aider que pour ne pas énerver ces deux délinquants au risque de les pousser à des actes plus graves qu’un simple vol.

Pendant que le premier fouillait le sac, elle sentit soudain l’étreinte du second se défaire et le vit tomber par terre à son côté. Le premier gars leva la tête de l’intérieur du sac, prit une expression de surprise apeurée. Il jeta le sac par terre et s’enfuit à toutes jambes.

Elle se retourna pour voir et se retrouva nez-à-nez avec le clown. Surprise, elle recula d’un pas, marcha sur son sac à main et tomba sur les fesses. Vue d’en bas, il était encore plus effrayant. Elle essaya de reculer encore, mais le sol était glissant, ses mains n’avaient pas de prise.

Le clown sortit de son immobilisme et ramassa le sac.

Elle resta immobile, préférant perdre le peu d’argent qu’il contenait plutôt que de finir comme son assaillant au sol. Elle ne savait pas s’il était juste inconscient ou mort…

Finalement, le clown, sans même fouiller le sac, le tendit à la jeune femme qui eut un petit mouvement de stress avant de tendre fébrilement la main vers son bien. Il lui tendit ensuite une main usée et sale. Elle attendit quelques secondes, incertaine, puis l’attrapa. Avec une force incroyable, le clown la tira du sol et elle ratterrit sur ses pieds presque instantanément.

La jeune femme lâcha la main du clown pour enserrer son sac. Elle commençait à trembler après cette mésaventure.

« Merci… merci beaucoup. » trouva-t-elle la force de dire. Elle le pensait du fond du cœur, mais ne put l’exprimer comme elle le voulait. Elle ne savait même pas s’il l’avait entendu.

Il lui fit un signe de tête et sa bouche s’étira dans ce qui devait être un sourire bienveillant, mais rendait étrangement carnassier sur cette figure au maquillage passé.

Elle fit un pas en arrière, fixant son étrange sauveur, puis se retourna pour sortir d’un pas pressé de la ruelle. Avant de rejoindre le brouhaha de la grande rue, elle eut l’impression d’entendre le clown maugréer :

« C’est ma rue, personne n’agresse personne dans ma rue ! »

En jetant un dernier coup d’œil, elle vit le clown frapper à grands coups de pieds l’agresseur qui était encore au sol.

Elle n’aurait peut-être plus peur de passer par là finalement.

068 – La fissure

Phrase donnée par Masque de Mort

« Tu avais déjà remarqué cette fissure dans le mur des toilettes ?

Paul fit semblant de ne pas avoir entendu son colocataire et continua à taper sur son ordinateur, rentrant légèrement la tête dans ses épaules comme pour disparaître. Bien évidemment qu’il avait vu la fissure dans le mur des toilettes. C’était plus un trou béant qu’une simple fissure.

— Vu ton silence, reprit Franck, tu devais l’avoir remarquée.

Celui-ci s’approcha de son ami et se pencha sur lui.

— Et donc, reprit-il, tu voulais te le garder pour toi tout seul, sale égoïste ! J’imagine que tu avais remarqué que ça donne sur la salle de bain de l’appart’ voisin. Je me demande si c’est la blonde sexy. L’autre fois, quand je l’ai croisée, elle m’a regardé avec insistance, je suis sûr que je lui fais de l’effet.

Paul se tourna vers son ami, incrédule quant aux films qu’il se faisait sur cette habitante de l’immeuble. Il levait les yeux au plafond, secouant la tête. Et Franck continuait dans son délire, se dandinant dans la pièce :

— Je l’imagine déjà en train de se passer de la crème sur tout le corps après sa douche. Et toi, salaud, tu m’avais caché que tu assistais à se spectacle.

— Je n’ai regardé qu’une fois ce trou pour voir s’il était traversant ou pas, objecta Paul.

— C’est ça, lança Franck avec un petit sourire entendu. Raconte ça à d’autres. Tu voulais te garder ces visions féeriques pour toi tout seul.

— T’es vraiment con des fois, Franck. Réfléchis un peu. C’est le vieux gros qui habite l’appart d’à côté. Maintenant, si tu veux aller te pignoler en le mâtant, vas-y fais-toi plaisir. Moi, c’est pas mon truc !

Franck fit une grimace de dégoût non feint.

— Argh, je crois que je vais vomir ! »

067 – Les raccourcis vitaux pour naviguer dans le texte

Rien que ça.

Dans la série des conseils techniques pour pouvoir utiliser à bon escient Word (normalement, ça marche sous à peu près tous les logiciels) voici une liste (non-exhaustive) de raccourcis pour gagner du temps.

Pour les PC sous Windows

Ctrl + Shift + espace : espace insécable (les « ° » qu’on voit quand on affiche les caractères invisibles)
Ctrl + Suppr. : efface le mot à droite du curseur
Ctrl + Backspace : efface le mot à gauche du curseur
Ctrl + flèche gauche/droite : déplace le curseur de mot en mot
Ctrl + haut/bas : déplace le curseur vers le paragraphe suivant/précédent
Ctrl + « Home » : Début du document
Ctrl + « End » : Fin du document
Ctrl + Molette de la souris : Zoom/Dézoom sur le document.
Ctrl + Entrée : Saut de p
Shift + Entrée : Saut de ligne
Ctrl + Shift + Entrée : Saut de colonne

Double clic sur un mot : Sélection du mot
Triple clic sur un mot : Sélection du paragraphe

Pour les Mac

Partie à venir…

066 – Le drôle

Phrase donnée par Zwergmeister

« Mais que fait ce balai dans mon cul ? »

Bernard venait de sortir de la cuisine, le pantalon à peine baissé, un balai coincé entre les fesses.

Bernard était le boute-en-train de la bande, celui qui égayait les soirées un peu mornes. Certes son humour tirait plutôt du côté du collégien attardé mais tout le monde s’en fichait. Après tout, ils s’étaient tous connus à cette époque, c’était comme un souvenir vivant d’alors.

« Bernard ! Tu veux pas arrêter de jouer deux minutes et nous donner un coup de main à ranger cette salle des fêtes ? »

Brigitte, la femme du joyeux drille, était son opposé, du genre de celles qui ne sourient que quand elles se pincent ou se brûlent. Personne dans la bande n’avait jamais compris comment ils avaient réussi à rester ensemble assez longtemps pour se marier. Aussi acariâtre que rabat-joie, les blagues potaches de son mari ne semblaient lui tirer que des réprimandes en lui et place de sourires. Même s’il était vrai que cette fois, un coup de main de Bernard aurait été plus apprécié qu’une de ses innombrables plaisanteries potaches.

Le drôle enfonça la tête dans ses épaules, récupéra son balai, remonta son pantalon et commença à balayer.

065 – La ficelle

Phrase donnée par Charly aka Lapin

Tant d’année d’abnégation réduite à néant par cette ficelle qui décida sans doute que l’expérience devait s’arrêter là.

Les deux planètes allaient recommencer à s’éloigner l’une de l’autre. L’expérience avait duré près de cent vingt ans. C’était terminé.

La ficelle était le surnom donné par la population des deux mondes mais en réalité c’était un ensemble de câbles plantés à plusieurs kilomètres de profondeur dans le sol et tissés les uns aux autres. Ils attachaient ensemble deux planètes voyageuses, c’est-à-dire qu’elles n’étaient pas fixées à des systèmes solaires. Le but premier de cette ficelle avait été de relier deux mondes finalement assez proches pour pouvoir les stabiliser près du soleil Gran’Nivra. Ce qui avait permis aux habitants de Triquan et de Velmar, en plus de côtoyer d’autres habitants de la galaxie paisible, chose assez rare pour être soulignée, de pouvoir bénéficier de climats plus agréables.

Triquan et Velmar sont deux planètes assez petites avec une population d’environ soixante-dix millions de personnes pour la première et cent vingt millions pour la seconde. Elles étaient habituées aux hivers rudes et extrêmement longs, dû aux longues périodes loin de sources de chaleur, mais les populations connaissaient cela depuis des millions d’années et savaient très bien le gérer.

Cependant, quand les scientifiques de Velmar, un peu plus avancés, on découvert l’existence de Trisquan et calculé que les deux planètes très proches l’une de l’autre au passage du soleil Gran’Nivra, ils ont établis le contact avec leurs homologues et ont entrepris d’installer la ficelle.

Il aura fallu du temps pour arriver à planifier tout cela, mais finalement, tout se fit sans problème. Les peuples virent immédiatement l’extrême utilité d’entrée en orbite d’un soleil permanent, malgré les quelques inconvénients prévus par les modèles théoriques des scientifiques, comme le déplacement du centre de gravité des planètes, par exemple.

En moins de cinq ans, les câbles furent installés sur les planètes, le plus compliqué ayant été de ne pas détruire leurs noyaux en creusant les fondations du monument.

Il y eut de nombreuses fêtes. Pour célébrer la fin de la pose des câbles, le mélange des atmosphères, la fin de la mise en tension de la ficelle.

Évidemment quand les premiers tremblements de terre se sont fait ressentir, des opposants à se projet sur les deux mondes crièrent à la fin du monde et à la folie scientifique mais tout cela avait été prévu et expliqué. Le déplacement du centre de gravité entraîna forcément quelques changements. Des montagnes se « formèrent » autour de la ficelle, laissant plus de mers aux points opposés.

Velmar et Triquan n’était plus éloignées que de cinq kilomètres. C’était une vision étrange et magnifique. Les gens pouvaient se déplacer d’un monde à l’autre sans problème. Il suffisait de gravir les montagnes d’un côté puis arrivé au milieu de la ficelle de se laisser « tomber » vers le sol de l’autre monde. Sensation étrange et magique.

Les deux planètes tournant autour de cette ficelle, les forces qu’elle subissait étaient tout bonnement gigantesques. Il fallait entretenir ce monument et cela demandait beaucoup de temps, de main d’œuvre et d’argent. Mais la douceur de la vie apportée par l’orbite autour d’un soleil valait la peine de tous ses efforts.

Et puis un beau jour, sans prévenir, malgré le soin qui lui était apporté, la ficelle lâcha.

La population fut immédiatement paniquée. Personne, sur aucune planète, ne voulait reprendre le voyage interminable dans l’espace et l’hiver intersidéral mais il ne fut rien possible de faire. En mois de quatre heures les planètes étaient déjà éloignées de mille kilomètres, sans compter que de nouveaux tremblements de terre apparurent pour remodeler chaque planète. Rien ne fut possible.

Velmar et Triquan reprirent leurs voyages respectifs vers un bout de la galaxie dans le froid et l’obscurité, pleurant déjà la perte du soleil Gran’Nivra.

064 – Configuration de l’autocorrection

Suite à la demande de Magalie sur mon article 059 – De la fluidité de frappe pour garder sa concentration, voici comment configurer l’auto-correcteur sur MS Word, suivant la version.

Je n’ai pas pu faire le tuto pour Open Office parce que l’installation n’a jamais voulu se lancer (j’ai quelques problèmes avec mon Seven qui pourtant est tout à fait légal…) mais si vous regardez comment ça marche sous Word, ça doit pas être trop différent.

Word 2003

Menu 'Outils' > 'Options de Correction Automatique'

Menu ‘Options‘ > ‘Options de Correction automatique

word2003_002Dans l’onglet ‘Correction automatique‘, sous partie ‘Correction en cours de frappe‘ (qui doit être coché)…

word2003_003

Dans la case ‘Remplacer‘, entrez le mot que vous tapez mal ou le raccourcis clavier. Dans ‘Par‘, le résultat. Exemple ici : je remplace ‘mm’ par ‘même’

Cliquez sur ‘Ajouter‘.

word2003_004Le couple ‘Remplacer/Par’ vient de s’ajouter dans la liste.

word2003_005

Recommencez l’opération autant de fois que vous avez de raccourcis à créer.

Cliquez sur ‘Ok‘ (parce qu’à priori, ‘Fermer’ ne prend pas en compte ce qu’on vient de faire’)

Word 2007/2010

word2010_001Cliquez sur ‘Fichier‘ > ‘Options‘ ou le gros bouton moche > ‘Options‘ pour 2007

word2010_002Allez dans la partie ‘Vérification‘ à gauche, puis cliquez le bouton ‘Options de correction automatique‘ à droite.

word2010_003

Dans la case ‘Remplacer’, entrez le mot que vous tapez mal ou le raccourcis clavier. Dans ‘Par’, le résultat. Exemple ici : je remplace ‘mm’ par ‘même’

Cliquez sur ‘Ajouter‘.

Dans l’onglet ‘Correction automatique‘, sous partie ‘Correction en cours de frappe‘ (qui doit être coché)…

Le couple ‘Remplacer/Par’ vient de s’ajouter dans la liste.

Recommencez l’opération autant de fois que vous avez de raccourcis à créer.

Cliquez sur ‘Ok‘.

Amusez-vous bien ! 🙂

063 – Du pire comme du meilleur

Phrase donnée par Aloyse Blackline

Du pire, comme du meilleur, voila dont ce que l’on était tous capable de faire.

J’avais vu mon ami mille fois tirer sur les soldats ennemis. Cent fois les transpercer avec sa baïonnette. Quelques fois devoir en tuer à mains nues. Avec son passé de bûcheron, sa force surhumaine et ses mains en comme des pattes d’ours, il était clair qu’au corps-à-corps, il ne craignait pas grand choses. Même à distance, à vrai dire, on aurait dit que sa peau d’homme de la forêt faisait ricocher les balles.

Je ne savais pas par quel miracle moi j’étais encore en vie, peut-être parce qu’il me l’avait sauvé un bon nombre de fois. Je ne sais pas. L’inverse devait aussi être vrai.

Toujours est-il qu’il m’avait toujours semblé être de ces grands gaillards, capable de fracasser le crâne d’un taureau d’un simple coup de poing, et pourtant gentil et coopératif, docile presque, et d’un calme olympien, mais qui pouvait se transformer en monstre sanguinaire une fois toute sa patience, et Dieu sait qu’il en avait, épuisée.

Dans la boue des tranchées, nous étions là depuis si longtemps que nous ne nous souvenions même pas avoir vécu autre chose, juste des images à peine moins fugaces dans nos mémoires que les rêves que nous faisions les rares fois où nous arrivions à dormir.

Avec les problèmes de ravitaillement, plus aucun de nous ne pouvait se raser, même nos couteaux ne coupaient plus, ce qui posait de grave problème pour l’utilisation des masques à gaz. Les poils sur nos visages empêchaient les dispositifs d’être complétement étanches et beaucoup d’entre nous étaient morts à cause de ça.

Si au moins nos généraux avaient réussi à nous fournir des rasoirs, ça aurait épargné beaucoup de vies. Quel gâchis !

Mon ami, avec sa barbe, ressemblait à un cosaque, ou au moins à l’idée que je m’en faisais. Et le masque sur le visage, il ressemblait à un démon du premier cercle venu sur Terre pour tous nous emmener avec lui. Il ne manquait plus que les cornes. Plusieurs fois, le simple fait de le voir bondir hors des tranchées et monter à l’assaut en hurlant de toutes ses forces, avait suffi à faire reculer les lignes ennemies. Alors que moi, à moitié attaqué à par les gaz neurotoxiques, j’avais, la plupart du temps, l’impression étrange de ne plus commander mon corps, juste de le voir de loin, en simple spectateur, avancer vers l’ennemi, à l’abri de mon ami.

La dernière fois que c’est arrivé, il faisait gris, sombre, froid. J’avais l’impression que le ciel n’avait jamais été autre chose que cette couche épaisse de nuage prête à déverser de la pluie ou de la neige. Le sol était un amas étrange entre la boue et la terre gelée sculptée de la trace de nos pas nombreux.

Cette fois-là, le capitaine, qui semblait encore plus usé que nous mais tentait de faire bonne figure, nous avait donné l’ordre de monter à l’assaut pour prendre la tranchée en face de nous, encore. À trente mètres de là, tout au plus. Cela faisait des semaines que nous jouions au chat et à la souris, si je puis dire, à la prendre et la perdre, jusqu’à plusieurs fois par jour. Au prix de combien de vies ?

Comme chaque fois, l’ordre était clair. Il fallait la reprendre et la garder.

Du renfort nous était arrivé à l’aube, des vieillards pour la plupart, la majeure partie des jeunes gens étant sur le front, ou déjà morts. Si nous n’étions pas arrivés à garder cette tranchée avec les forces vives de la Nation, comment le pourrions-nous avec les forces vives de la précédente république ?

L’assaut avait été donné à sept heures du matin, il faisait encore nuit. En plus du nouvel arrivage de ces futurs morts, nous avions l’appui d’une nouvelle unité d’artillerie. J’espérais qu’elle viserait mieux que la précédente qui avait décimé la moitié de la compagnie lors d’un assaut.

Quand nous sommes sortis, les balles ont commencé à fuser. Les autres n’étaient pas fous et se doutaient bien que ce jour-là encore, nous tenterions de gagner du terrain. Ils nous attendaient bien sagement.

Je ne sais plus vraiment comment ni combien d’entre nous sommes arrivés jusqu’à la tranchée, à travers les fumerolles de gaz toxiques et les explosions de notre artillerie, qui, il fallait l’avouer, se débrouillait assez bien, cette fois.

Une fois dans les lignes adverses, ça a encore une fois été le carnage. Mon ami et moi étions côte à côte, à essayer de survivre, transperçant tout ce qui se présentait à nous. Nous ne regardions même plus les uniformes. Des fois, je me demande si je n’ai pas tué des camarades ce jour-là.

Au bout d’un temps incommensurable, il ne restait plus que mon ami et moi. Et un soldat ennemi. Un gamin. Je ne sais même pas s’il avait dix-sept ans.

Il était par terre. Le tenant en joue, mon camarade le regardait de toute sa hauteur, à travers les carreaux de son masque. Il l’arracha rapidement, ne voulant pas de filtre pour voir se gamin mourir. Ils se regardèrent un moment.

Un long moment.

Et moi aussi, je regardais. C’était comme si le temps s’était arrêté. Et les explosions. Le vacarme. Tout.

Le gamin était paralysé. Qui ne l’aurait pas été, allongé sur le sol, un fusil le pointant à moins d’un mètre ?

Ça se voyait dans son regard qu’il ne savait même pas pourquoi il était là. Est-ce que nous le savions plus que lui ?

Et au bout d’un temps interminable, mon ami a baissé son arme, souri et tendu la main au gamin pour l’aider à le relever.

Le garçon, d’abord, n’a pas bougé. Il ne savait pas comment réagir. Puis finalement, il a attrapé la patte d’ours avant d’être littéralement arraché du sol pour atterrir sur ses pieds.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Il a fait un mouvement rapide. Maintenant que j’y pense, c’était peut-être juste par manque d’équilibre. J’ai eu peur pour mon ami, et avant même que ma conscience ne s’en rende compte, mes muscles avaient déjà agi. Ou peut-être que mon masque n’avait pas réussi à me protéger des gaz cette fois-ci. C’est ce que je me dis de temps en temps pour pouvoir me regarder dans le miroir.

Ce ne furent pas les yeux du gamin qui me choquèrent mais ceux de mon camarade. Il me regarda comme le pire des monstres et avec l’envie visible de me tuer. Je ne sais pas ce qui le retint alors. Et des fois, je regrette qu’il ne m’ait pas envoyé là où je venais d’expédier le gamin avec ce coup de baïonnette.

Du pire, comme du meilleur, voila dont ce que l’on était tous capable de faire. Mais ce jour-là, alors qu’il venait de faire ce qu’on pouvait faire de mieux dans ces cimetières de la guerre, moi, j’ai fait ce qu’il y avait de pire.

062 – L’engin

Phrase donnée par Masque de Mort

« Non, non, ne t’inquiète pas, elle ne risque plus d’exploser maintenant » dit-il avant de donner un grand coup de pelle dans l’engin.

La jeune femme se jeta sur le sol par réflexe mais effectivement rien ne se passa. Elle se releva, le cœur battant à cent à l’heure avec cette blague que venait de lui faire son ami. Lui, la regardait se retenant de rire. Il lui tendit la main pour l’aider à se remettre d’aplomb, elle la dédaigna pour lui montrer qu’elle n’aimait pas son humour.

— Allez, fais pas la tête. Il sauta au pied de l’énorme roquette rouillée, ou bien était-ce un missile, il n’avait jamais compris la différence.

— Tu ne sais pas depuis combien c’est là. Et je suis pas sûre que tu sois vraiment capable d’affirmer si c’est encore dangereux ou pas.

Le jeune homme haussa les épaules comme il ne savait pas trop quoi répondre à ces accusations. Elle n’avait peut-être pas si tort que ça, après tout.

— Continuons, nous trouverons peut-être quelque chose d’intéressant un peu plus au nord.

— Je commence vraiment à me demander pourquoi je t’ai suivi dans cette histoire de chasse au trésor en plein milieu de la forêt. Il manquerait plus que tu me fasses le coup de nous perdre ou celui de la panne et j’aurais tout gagné ! »

La jeune femme commençait à fatiguer et à avoir faim alors que son ami commençait à peine à s’amuser.

— Encore une petite heure et après, on rentre. Promis. »

La jeune femme souffla de soulagement. Ils reprirent la marche à travers la forêt dense, glissant maladroitement sur la mousse humide au sol.

Ils étaient à une centaine de mètre de l’ancien missile, ou roquette, quand celle-ci explosa, projetant les deux chasseurs de trésors au sol.

Heureusement, la mousse amortit l’impact.

La jeune femme regarda son compagnon, très très mécontente.

« Elle ne risque plus d’exploser ? C’est ça ? On rentre, j’en ai marre de ces conneries ! »

Le jeune homme ne put qu’afficher un regard incrédule et hausser les épaules, comme s’il n’y était pour rien. Il savait que ce n’était plus la peine de discuter.

061 – Lancefer

Phrase donnée par Dexash

« Bonsoir monsieur, je m’excuse de vous déranger, je viens juste vous avertir que… vous faites un bordel monstre.

Matt avait un peu de mal à réaliser que le vieil homme courbé au regard fatigué, presque apeuré, à qu’il s’adressait de la sorte était un héros intergalactique mais le moment était trop critique pour prendre des gants. Gaspard Lancefer, l’ancien pilote mythique de la guerre des Septentrions, avait regardé le capitaine en face de lui. Il lui semblait tellement jeune. Depuis quand engageait-on des adolescents dans l’armée interstellaire ? À moins que ce ne fût lui qui soit trop vieux.

Devant la tête quelque peu surprise du vieil homme, Matt demanda :

— Vous n’avez pas entendu le message d’alerte ? Gaspard eut l’air encore plus surpris de cette annonce, puis fronçant les sourcils et secouant la tête.

— Non, je désactive mon ouïe quand je dors… Que se passe-t-il ? Quel type d’alerte est-ce ?

— Type 827-B.

— Des pirates ? Dans ce coin de la galaxie ? Le vieil homme souffla. C’est vraiment la crise pour eux aussi s’ils en sont réduits à attaquer les croisières pour vieux.

— Monsieur, il y a un vaisseau qui nous suit depuis notre escale sur Hortengria. Il s’est rapproché dans la nuit et après une manœuvre de fuite pour nous camoufler dans un champ d’astéroïdes, nous faisons le moins de bruit possible pour qu’ils ne nous repèrent pas. C’est pourquoi je me suis permis de venir vous demander d’arrêter de… Je ne sais pas ce que vous faisiez mais c’était extrêmement bruyant.

— Très bien mon jeune ami, répondit Lancefer, un sourire bienveillant sur le visage, je vais arrêter ce que je faisais jusqu’à la levée de l’alerte.

— Merci Monsieur. »

Le jeune capitaine gratifia le vieux héros d’un salut comme il en recevait quand il était encore dans le service actif puis, après un quart de tour tout aussi réglementaire, s’éloigna, heureux d’avoir pu discuter avec une légende.

Gaspard suivit le gamin des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse au bout du couloir. Il ferma la porte et retourna vers la salle de bain. Il s’y trouvait cinq hommes armés de fusils et harnachés comme des commandos. Le vieil homme se redressa et son regard brilla avec la dureté qu’ont les chefs militaires rompus aux hostilités.

« Vous faîtes trop de bruit ! Siffla-t-il entre ses dents. Je me suis pas fait chier à monter ce projet pour que vous foutiez tout en l’air avant l’attaque finale !

— Alors, ça t’a fait quoi de t’être fait saluer par un bleu-bite ? Ça faisait longtemps, hein ?

— Fais pas chier, Merx ! Et puis tu diras à ton pilote que s’il me refait un coup pareil, je le dézingue moi-même ! Il a failli faire tout capoter en suivant de trop près.

— Oui mais finalement ce champ d’astéroïdes, ça devient un avantage. Personne ne comprendra ce qu’il s’est passé ! répondit le second de Lancefer.

L’ancien héros regarda sa montre.

— Il nous reste trois heures avant le réveil du bâtiment ! Je te laisse encore dix minutes pour débarquer le reste de l’équipe.

— Y a pas intérêt à se louper, sinon on est tous bons pour la désintégration, sourit Merks.

— Ça sera toujours moins pire que de devoir survivre avec cette pension de misère qu’ils me versent ! » termina Lancefer.

060 – 1er bilan marathon

Puisque je n’ai pas le temps d’écrire ce week-end, je me suis dit qu’un petit bilan du marathon de la nouvelle pouvait être sympathique.

Parce qu’on vit dans un monde de chiffres :

  • débuté le 18 juillet 2013 (avec 4 jours de pause étalés)
  • 47 nouvelles
  • 118 pages de fichier word (avec saut de page en fin de nouvelles)
  • 29 282 mots
  • 167 605 signes espaces comprises

Ce dont je suis le plus fier étant quand même la régularité avec laquelle j’arrive écrire mes nouvelles.