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  • 410 — Camp de survie

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    Tous les enfants seront correctement nourris et soignés.

    C’est ce que le directeur du camp de vacances promet. Il appuie même particulièrement sur ce point. Il détaille aussi l’emploi du temps et la liste des activités sportives que les préadolescents pratiqueront.

    Évidemment, ça n’est pas donné, mais pour deux semaines de vie en plein air pour que la marmaille retrouve la forme en faisant du sport en mangeant sainement, ça en vaut la peine.

    L’endroit où le camp se tiendra a été étudié pour être un havre de calme, à la campagne, dans une forêt presque vierge, loin de toute ville, de toute civilisation et donc de tout réseau cellulaire. Les enfants ne pourront appeler personne. Même si certains parents sont quelque peu inquiets de cela, tous s’accordent à dire que ça fera du bien à leurs rejetons, étant donné leur addiction à tous sans exception. Il semble qu’aucun des préados inscrits ne sache plus vivre sans son portable. L’absence de notification de réseaux sociaux, de vidéo shorts et de doomscrolling leur fera le plus grand bien. Ils réapprendront à se concentrer plus de 20 secondes.

    Ils n’auront de toute façon pas le temps de s’ennuyer au vu du programme : beaucoup de marche, de la nage, du canoë, du tir à l’arc, des sports d’équipe et même des formations pour chasser du gibier et allumer un feu.

    Cela leur sera nécessaire pour les trois derniers jours du camp. Les gamins seront amenés à une quinzaine de kilomètres du camp, à un endroit connu seulement du directeur, et ils devront rentrer par eux-mêmes, grâce à tout ce qu’ils auront appris durant les deux semaines.

    Pendant ces trois jours, des chasseurs rôderont jour et nuit pour les attraper. Les enfants devront tout faire pour rentrer au camp sans se faire attraper.

    Une sorte de cache-cache ou de chat perché géant.

    Cette partie-là, évidemment, restera une surprise pour les enfants comme pour les parents. Il ne faudrait pas effrayer ces enfants trop citadins pour savoir différencier un merle d’un chevreuil, ni leurs parents incapables de les laisser aller à l’école à pied alors qu’elle ne se trouve qu’à quelques pâtés de maisons.

    Ce camp de vacances est autant un stage de formation à la survie pour les enfants que pour leurs parents, s’amuse parfois le directeur.

    Il faudra donc attendre les derniers jours pour pouvoir goûter les résultats de cette nouvelle session.

    L’année dernière, sur les trente enfants qui ont été lâchés dans la nature après les deux semaines, cinq ont réussi à ne pas se faire prendre. C’était ma première fois, je ne connaissais pas bien les règles et j’ai eu face à moi des gens redoutables. Ils ont payé cher pour ce camp et ont tout fait pour en avoir pour leur argent. Moi, je n’en ai attrapé qu’un seul, un petit maigrichon tout sec, avec presque que la peau sur les os. Les deux semaines de sport n’avaient pas réussi à le remplumer.

    J’espère sincèrement que cette année, j’en dévorerai plus.