Étiquette : Coffre-fort

  • 416 — Le Lapis-Aurea

    750 mots tout pile

    Le Roi d’Argentine est mort 9 fois, dont 8 à petit feu.

    Cette comptine que lui fredonnait sa mère lui revenait en tête sans que Blanche sût pourquoi, alors qu’elle avait besoin de se concentrer sur ce qu’elle était en train de faire. Ouvrir ce coffre-fort dans ce fourgon alors qu’il était escorté par une douzaine de gardes royaux n’était déjà pas une mince affaire, mais devoir le faire avec cette chanson en tête rendait la tâche autrement plus compliqué.

    Ces paroles n’avaient aucun sens. Elle n’avait jamais entendu parler d’un pays qui se nommait Argentine.

    Blanche secoua la tête pour éloigner ses pensées parasites et essayer de reprendre sa concentration. La serrure de ce coffre était plus complexe que prévu et elle n’avait plus beaucoup de temps. Le convoi arriverait bientôt au port et si elle ne réussissait pas à récupérer le contenu de ce coffre avant, elle serait bonne pour finir dans un sac lesté au fond de l’eau. Pas que ça l’inquiétait outre mesure, mais elle préférait ne pas avoir besoin de passer par là.

    Enfin, elle parvint à actionner le mécanisme de la serrure et la porte du coffre s’entrouvrit. Blanche l’ouvrit en grand. À l’intérieur, des classiques : plusieurs bourses de cuir contenant des pièces d’or, quelques bijoux et des liasses de papier griffonné. Il y avait de nombreuses lignes de texte sur ces documents. Blanche n’avait aucune idée de ce dont il s’agissait puisqu’elle ne savait pas lire. Ça ne l’avait jamais empêchée d’exceller dans son métier (elle n’aimait pas dire qu’elle était une des meilleures voleuses du pays, mais c’était un fait). La seule chose qu’elle reconnut sur les documents fut le sceau royal. Ça, plus le fait qu’ils se trouvaient dans un coffre escorté par douze chevaliers en armure, montrait la valeur que ces papiers pouvaient avoir.

    Mais ce n’était pas pour cela qu’elle qu’on l’avait engagée. C’était pour la Lapis-Aurea, une pierre grosse comme un abricot. Ses services étaient chers. On ne l’appelait pas pour des choses sans valeur. Cette pierre en possédait une grande, ainsi que de nombreux pouvoirs à ce qu’on racontait. Mais elle ne croyait pas en ces balivernes.

    Une fois la pierre récupérée, Blanche referma la porte du coffre avec autant de délicatesse qu’elle l’avait ouverte pour ne laisser aucune trace de son passage. Elle aurait bien pris une des bourses de pièces d’or, mais elle ne devait pas s’encombrer.

    À présent, elle devait descendre sans attendre, car, une fois au port, le fourgon serait chargé sur un navire en direction de l’Uminae. Blanche n’avait pas envie de passer des jours enfermée dans ce fourgon ou sur un navire, et elle n’avait surtout pas envie de retourner en Uminae. La dernière fois restait un trop mauvais souvenir.

    Le fourgon s’arrêta soudain.

    Mince ! Étaient-ils déjà arrivés au port ? Tant pis, il n’y avait plus de temps à perdre. Un des chevaliers de l’escorte était descendu de sa monture et se dirigeait vers la porte du fourgon. Blanche regarda en tous sens, un instant inquiète qu’il la surprenne là. Les doigts gourds empêtrés dans leur gant de cuir durci par des heures de contraction sur les rênes avaient du mal à insérer la clef dans le cadenas de la porte du fourgon.

    Blanche respira pour essayer de réfléchir au mieux. Les barreaux de la petite fenêtre étaient serrés, mais elle passerait peut-être. L’autre parvint à tourner la clef et à ouvrir le cadenas, libérant la chaîne, ouvrant la porte.

    Au même moment, Blanche sauta vers la fenêtre, se faufila entre les barreaux, la Lapis-Aurea eu du mal à passer et tomba dans la boue.

    Le chevalier surpris ne parvint pas à articuler quelque chose en la voyant. Il sauta sur le coffre pour le découvrir ouvert et délesté d’un des objets, le plus précieux. Le chevalier ressortit du fourgon en hurlant cette fois pour alerter ses compagnons d’armes.

    L’un d’eux l’aperçut fuir vers les taillis. Il la visa avec son arbalète et décocha un tir d’une précision diabolique. Blanche fut transpercée par le carreau, roula plusieurs fois sur elle-même, mais parvint à ne pas lâcher la pierre. Elle se releva tant bien que mal et reprit la course, faisant fi de la douleur et des griffures causées par les branchages et les épines. Elle avait son butin, il fallait qu’elle se mette à l’abri.

    Elle ne savait pas qui était le roi d’Argentine, mais encore deux coups comme celui-là et elle le rejoindrait au paradis des chats.