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« Il a ordonné que je les libère ? »
Le shérif Smith avait dit ça sans cacher son amertume.
Depuis des années, il n’attendait qu’une chose : pouvoir pendre les frères Dunkwell. Et maintenant que son adjoint et lui avaient enfin réussi à en arrêter les deux plus jeunes de ces quatre salopards, on lui donnait l’ordre de les libérer. Et même si c’était pour un transfert, il avait du mal à l’accepter, même si l’ordre venait du gouverneur en personne.
Le marshal Bauer, assis, les pieds sur le bureau de shérif, chiquait son tabac sans s’émouvoir.
« Je sais ce que vous dites, Smith. Vous vous dites que c’est injuste, que c’est à vous que revient l’honneur de débarrasser cette terre de ces deux enflures.
— Je me dis surtout qu’ils vont trouver un moyen de vous fausser compagnie, retrouver leurs frères et reprendre hold up, meurtres et tout le reste, en continuant de terroriser la population ! Vous n’imaginez pas à quel point les gens sont soulagés de savoir ces deux-là derrière les barreaux et bientôt au bout d’une corde.
— Je m’en doute, shérif, mais ce n’est pas moi qui donne les ordres. Dites-vous que ça vous évite de voir débarquer les autres frères, ici.
— Je ne m’inquiète pas pour ça. Je comprends surtout que le gouverneur cherche à se faire bonne presse pour les prochaines élections ! grommela Smith.
— Vous avez sûrement raison, mais étant donné qu’il est gouverneur et nous, non, nous sommes astreints à exécuter ses ordres. Et voyez le bon côté, vous gardez la prime pour leur capture. »
Bauer se leva et cracha dans le pot de laiton au pied du bureau.
« J’apprécierais de pouvoir partir rapidement, shérif. J’ai bien l’intention de prendre le train de demain midi, à Springfield, donc je ne dois pas traîner. »
Smith soupira. Il détestait les politiciens presque autant que les frères Dunkwell, mais le marshal avait raison, il ne pouvait qu’exécuter les ordres du gouverneur. Il sortit de son bureau, suivi par Bauer, et se dirigea vers la cellule où résidaient les deux bandits.
« Debout ! Le marshal vous emmène vous faire pendre ailleurs ! »
Les frères Dunkwell se levèrent avec une mine réjouie.
« Un marshal ? C’est la classe, frangin, tu crois pas ?
— On est célèbre, c’est normal, frangin. T’es tout seul pour t’occuper de nous, mon beau ? T’as pas peur qu’il t’arrive des bricoles ? »
Le marshal frappa ce Dunkwell en plein visage entre les barreaux.
« Ferme-là, si tu veux pas que je te coupe la langue. Je dois vous ramener vivants. Rien ne m’oblige à ce qu’il ne manque pas des bouts ! Alors, vous allez rester bien sages, sinon je vous redessine au couteau. Est-ce que c’est bien clair ? »
Les Dunkwell grognèrent, comme deux cabots mal dressés prêts à mordre.
Le shérif leur menotta les poignets dans le dos à travers les barreaux puis ouvrit la cellule. Bauer avait sorti son revolver et le pointait sur les prisonniers. Il leur indiqua la sortie. Le shérif ouvrit ma marche, peu rassuré de les avoir dans son dos. Le marshal fermait le cortège.
Dehors, le marshal adjoint patientait tranquillement. Le fourgon, la porte grande ouverte, n’attendait que ses nouveaux occupants. Les Dunkwell montèrent en silence. Ils semblaient avoir perdu leur verve habituelle. Sous l’œil et le canon du marshal, son adjoint ferma et verrouilla le cadenas. Les deux montèrent à l’avant, saluèrent le shérif. Le fouet claqua, les deux chevaux d’attelage partirent tranquillement.
Le fourgon était parti depuis deux bonnes heures. Le shérif ne décolérait pas. Il tournait dans son bureau comme un animal en cage. Il aurait dû les pendre dès qu’il en avait eu l’occasion. Pourquoi avait voulu absolument alerter les autorités ?
Deux hommes entrèrent dans le bâtiment en claquant la porte. Ils portaient un homme en sous-vêtements, le visage cuit par le soleil et le manque d’eau.
« Que se passe-t-il ? s’étonna le shérif. C’est au médecin qu’il faut amener ce pauvre homme !
— Attendez, shérif, écoutez ce qu’il a à dire. Je crois que ça va vous intéresser !
— Je vous écoute, mon brave. Si vous en trouvez la force, dites-moi qui vous êtes et ce qu’il vous est arrivé. »
Sa réponse foudroya le shérif sur place.
« Mon adjoint et moi avons été attaqués par les aînés Dunkel. Je suis le marshal Bauer. Je crois qu’ils sont venus chercher leurs petits frères. »

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