429 — La randonnée (partie 3)

720 mots

Hélèna était collée contre Éric, tout contre. Son cœur battait à tout rompre, elle avait les joues en feu, elle haletait mais manquait d’air, ses jambes tremblaient et la portaient à peine. Elle avait manqué de tomber dans le ravin et avait le sentiment clair qu’il venait de lui sauver la vie.

Alors qu’elle se sentait basculer en arrière, emportée par le poids de son cas, Éric avait bondit, vif comme l’éclair, l’avait attrapée par le poignet avec l’avait attirée vers lui. Elle s’était retrouvée contre lui et n’en décollait pas. Cela faisait peut-être deux longues minutes qu’elle avait manqué de mourir. Dans sa tête, elle imaginait en boucle la scène de la chute qu’elle aurait pu faire, la détresse de sa mère à qui les gendarmes venaient annoncer l’horrible nouvelle, l’idée que ce guide devait la trouver si encombrante et ridicule à s’accrocher à lui comme une moule accrochée à son rocher… mais si elle lâchait, elle s’écroulait par terre.

« Ça va aller ? demanda finalement le guide en repoussant avec douceur Hélèna. Il faudrait qu’on reparte, sinon, vous n’allez jamais pouvoir avancer. C’est comme le cheval, il faut remonter de suite pour éviter de laisser s’installer la peur. »

Hélèna secoua la tête pour finir de reprendre ses esprits, elle n’avait pas pleuré, mais ses yeux étaient très humides. Elle essayait de se les essuyer discrètement. Elle sentait déjà suffisamment mal d’avoir manqué de tomber de manière si bête, elle ne voulait pas non plus passer pour une pleurnicheuse.

« Vous inquiétez pas, ça arrive à tout le monde au moins une fois, ce genre de mésaventures. Faut pas vous en faire. Allez, on y va. »

Il ne laissa pas Hélèna répondre et la poussa gentiment devant lui pour continuer l’ascension. Ils ne parlèrent plus. Éric ne voulait pas forcer la conversation, Hélèna n’arrivait pas à trouver quelque chose à dire après ce qu’elle venait de vivre. Elle se demandait ce qu’Éric pouvait bien penser d’elle à présent. Il l’avait déjà prise pour une princesse au petit pois la nuit dernière en lui prêtant un sac de couchage et un maillot pour dormir… maintenant qu’il lui avait sauvé la vie, son avis devait être encore plus dur.

Ils arrivèrent au refuge peu avant midi. Ils ne s’étaient arrêtés qu’une fois après l’incident, loin d’un ravin, dans un endroit sûr et plat (plus ou moins).

Le guide salua le gardien comme un vieil ami et présenta Hélèna. Il y eut un échange de salutations, il s’appelait Pierre et devait avoir près de soixante ans déjà. Éric se tourna vers la jeune femme. Il avait repris cet air bourru qu’elle lui avait vu depuis le début du voyage, mais qui semblait s’être estompé qu’il l’eut sauvée.

« Il faudra monter vers 2 heures, cette nuit. D’ici là, mettez-vous à l’aise, faites connaissance, mais surtout ne vous éloignez pas ! »

Il ne laissa pas le temps à Hélèna de répondre qu’il entrait pour aller choisir un lit, se rafraîchir ou Dieu sait quoi.

« Ça s’est bien passé, la montée ? demanda le gardien à la photographe.

— Un peu difficile, admit-elle. Je ne suis pas habituée à marcher et Éric…

— Éric est têtu et peu patient ! s’amusa le gardien.

— Certes…

— Mais il a bon fond, n’en doutait pas. »

Hélèna sourit énigmatiquement. Elle repensait à son sauvetage. Pierre ne comprit pas exactement ce sourire et ajouta :

« Attention à ne pas tomber sous son charme. Il vous brisera le cœur avant même de s’en rendre compte.

— Ah, mais non ! Pourquoi dites-vous ça ? Enfin, c’est un beau garçon qui a tout pour plaire, mais je… euh… non… enfin non, c’est pas ce que vous croyez. C’est juste que, soupira la jeune pour reprendre son calme, c’est juste que malgré ses airs distants et renfrognés, j’ai pu voir qu’il a un bon fond, il m’a prêté son duvet, hier soir, par exemple. Et aujourd’hui… je crois que je serais morte s’il n’avait pas été là. »

Hélèna lui raconta rapidement comment les choses s’étaient passées. Elle avait besoin d’en parler à quelqu’un et Pierre semblait prêt à l’écouter.

« Je comprends mieux, finit-il par dire. Je ne devrais pas vous en parler, mais lui aussi a failli y passer, un peu de la même manière. C’est à cause de ça qu’il est ici maintenant, répondit Pierre évasivement.

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