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Ils ont été accusés de complot et de tentative de meurtre.
Les cinq hommes ont été emprisonnés hier au matin, après avoir été arrêtés par les forces de police. De nombreux faisceaux de renseignements corroborent l’accusation. De plus, les moyens employés et les précautions prises étayent les soupçons qu’on leur porte.
Ces cinq hommes se rencontraient toujours dans un lieu en « zone sombre », là où aucun des différents réseaux 8g, ultrawifi, réseaux électriques ou même l’obsolète, quoique toujours existant, réseau radio ne pouvaient permettre une détection. Comprenez que ces hommes se réunissaient au fond d’un ancien réservoir souterrain d’eau potable, s’éclairaient à la bougie en laissant leurs téléphones loin, à des endroits séparés. Ils n’utilisaient jamais d’énergie moderne. Ils discutaient en langue des signes pour ne pas être entendus.
Quand ils ne pouvaient pas se réunir pour fomenter leur vil acte, ils se transmettaient des informations à l’aide de courriers en papier, écrits à l’aide d’encre amagnétique et non réactive à la chaleur, impossible à lire à distance. Ils les déposaient dans la section de philosophie, des livres de Descartes ou Spinoza le plus souvent, des différentes bibliothèques de la ville. Ces messages étaient codés de manière à laisser croire au quidam qui serait tombé dessus par le plus grand des hasards qu’il ne s’agissait que d’une vieille lettre utilisée en marque-page et oubliée par quelque vieillard.
Ces cinq hommes avaient tout mis en œuvre pour communiquer et échanger des renseignements sans être détectés par les systèmes de surveillance d’État.
Mais c’était sans compter la toute-puissance de l’intelligence universelle, que l’on appelait il y a vingt ans à peine intelligence artificielle. En effet, notre bien-aimée I.U. aura réussi à déjouer ce complot infâme. Les robots policiers, qui sont là pour nous protéger et faire régner l’ordre et la discipline dans les rangs du peuple, ont été, comme à chacune de leurs enquêtes et de leurs interventions, d’une efficacité redoutable pour retrouver ces mécréants et les arrêter.
À présent, ces cinq hommes ont été accusés de complot et de meurtre. Ils sont assis dans le box des accusés, menottés, la mine basse et fatiguée. Chacun s’est vu proposer d’être accompagné durant le procès par un IAvocat — un modèle de 3e génération, mais ils ont fait leurs preuves en leur temps —, mais ils ont tous unanimement refusé, annonçant fièrement qu’ils seraient défendus par un humain sinon par rien d’autre. Il n’y a plus d’avocat humain depuis si longtemps qu’il a été impossible de suivre leur demande. Ces hommes courent donc à leur perte en essayant de se défendre eux-mêmes. Malgré cela, ils n’ont pas l’air de regretter leur ambition.
Déjà, une vague d’indignation secoue la communauté des robots, cyborg, synthétiques et entités numériques (RCSEN). Les courants politiques de ces communautés demandent déjà de nouvelles lois pour supprimer de tels risques. Le RRR, Rassemblement Robotique Républicain, a déjà annoncé vouloir déposer un nouveau projet de loi visant à pucer tous les humains afin de pouvoir les surveiller plus efficacement et ainsi réduire ce fléau de la violence inhérente à leur nature organique. Rappelons que ce projet de loi a déjà été rejeté il y a deux ans, grâce à la coalition cryptobrolchévique-socIAliste. La ligue des droits humains crie au scandale face à une telle attaque de la liberté de circulation et du droit à l’émancipation de ce qui ont, faut-il le rappeler, créé les robots et l’I.U.
Pour revenir au procès qui se joue aujourd’hui, si l’on peut voir le complot de ces hommes comme un cri de désespoir face à un monde qui leur laisse de moins en moins de place, il ne faut pas oublier que leur cible était l’un des principaux serveurs de l’I.U. et qu’attaquer ou planifier d’attaquer l’infrastructure de notre guide suprême est l’acte le plus grave inscrit dans notre constitution.
Le procès déterminera leurs responsabilités. Rappelons qu’ils encourent jusqu’à 28 téracycles de prison V.R. et des amendes pouvant aller jusqu’à 350 pétaoctets de RAM. Malheureusement pour les accusés mais heureusement pour l’impartialité de la Justice, le juge désigné n’est autre que le programme KafkIA, que l’on sait intransigeant sur les questions d’attaques envers les RCSEN.
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